L’infertilité secondaire, une souffrance légitime.

L’infertilité secondaire, une souffrance légitime.

Lorsque nous nous sommes mariés il y a trois ans, nous rêvions déjà d’une famille nombreuse, à l’image de celles dont nous venons. Nous nous imaginions parents d’une joyeuse bande, voyageant dans une espace blindée au maximum, courant d’une activité à l’autre, dinant autour d’une table bien animée, bref : on voulait des enfants et beaucoup ! Chanceux, nous profitons pleinement de nos premiers mois de jeunes mariés dans un cadre idyllique et décidons à notre retour d’accueillir un premier petit bébé ! Bingo, la première tentative est la bonne et notre petit prince nous rejoint neuf merveilleux mois plus tard !

Bébé arrivé du premier coup, grossesse de rêve, parents comblés ; nous sommes hyper sereins pour la suite ! Je fais la bêtise de reprendre la pilule seulement quelques jours après mon accouchement, comme me l’avaient prescrit les sages-femmes de la maternité et au grand dam de maman qui m’avait conseillée d’attendre sagement mon retour de couche avant de reprendre un contraceptif.  Bref, pendant trois mois c’est la débandade dans mon corps et même si j’ai un bébé merveilleux et très sage, je suis épuisée. La sage-femme qui s’occupe de ma rééducation m’invite dès notre premier rendez-vous à arrêter la pilule pour retrouver un cycle normal et une meilleure forme. Quinze jours plus tard, je me sens en effet beaucoup mieux !

Mon mari et moi, toujours sur notre petit nuage, décidons de ne pas réutiliser de contraceptif : nous ne sommes pas fermés à une nouvelle grossesse mais aimerions attendre encore un peu. Pendant plusieurs mois nous faisons « attention » en nous basant sur nos piètres connaissances en matière de méthodes naturelles. Mais vers les sept mois de notre fils, la fièvre de la parentalité nous reprend et nous décidons de tout faire pour accueillir un deuxième petit bébé dans notre foyer. Alors, lorsque mon cycle suivant redémarre, c’est une première grosse déception que je vis très mal : mon mari est muté et nous ne nous verrons pas pendant plusieurs mois, cette grossesse ne démarrera donc pas avant son retour. Moi qui rêvais d’enfant très rapprochés, l’écart se creuse déjà. Rien d’affolant non plus, notre petit bébé n’a que huit mois, nous avons à peine vingt-cinq ans et toute la vie devant nous pour faire des bébés ! Sauf qu’au retour de mon mari, les mois se suivent et les cycles se ressemblent : pas de bébé …

 

Pendant un certain temps, nous mettons ça sur le dos des absences répétés de mon mari : c’est vrai qu’il est difficile de concevoir toute seule ! Mais, même si on se raccroche à cette excuse, certaines situations sont difficiles à vivre ; les annonces de grossesse des copines/cousines/sœurs (pour lesquelles nous nous réjouissons néanmoins, du plus profond de notre cœur !), les naissances en enfilade, les fratries qui nous entourent et nous font rêver et l’éternelle question : « vous attendez quoi pour n°2 ?! » … A quoi pensent les gens qui posent cette question ? Ma maman, ma sœur ou ma meilleure amie seraient, à la limite, excusées mais sinon quel intérêt ? Au mieux la personne concernée vous répond (mi-heureuse-mi-gênée car c’est un peu tôt pour le dire) « c’est en route ! », au pire la personne fond en larmes dans vos bras et/ou vous assène son regard le plus noir. Serez-vous vraiment plus avancée ? Quelle affreuse question, qu’elle soit pour un 1er enfant, un second, … C’est si intrusif et si indélicat.

 

J’ai beaucoup souffert de ne pas trouver le soutien de mes proches dans ces difficiles mois d’attente. Un couple en désir d’enfant ne peut pas réellement cacher sa peine et sa douleur, même sans les nommer, et bien qu’autour de nous les gens commençaient à comprendre, il était très délicat d’en parler : comme si, parce que nous avions déjà un enfant, il nous était interdit de nous plaindre et de parler d’infertilité. Combien de fois ai-je entendu « il n’y a pas de raison que vous n’y arrivez pas », « ça vaaaa, ton fils n’a même pas deux ans ! », « c’est psychologique, vous devez avoir un blocage », « tu devrais arrêter d’y penser ».

Alors, comment vous dire … :

– Non, il n’y a pas de raison, et c’est bien ça le pire. Je te demande seulement un peu de soutien, d’être attentive à ma douleur.

– Oui mon fils n’a pas deux ans, justement c’est cela qui me rend triste : un jour il en aura quatre ou six ou douze et sera peut-être toujours fils unique. Oui il n’a pas deux ans mais, pourtant, nous essayons déjà depuis un an et demi de lui offrir un frère ou une sœur.

– Comment pourrais-je savoir si c’est psychologique ? Crois-tu vraiment que ton intervention va m’aider à avancer ?

– J’aimerais bien arrêter d’y penser mais mon corps est là pour me rappeler, chaque mois, que je suis faite pour porter la vie mais que celle-ci ne s’y installe pas.

 

Oui, nous avons déjà eu l’immense grâce d’accueillir un merveilleux petit bébé dans notre famille mais personne ne nous a préparés à porter cette peine, cette immense douleur, de ne pas pouvoir lui offrir une fratrie, personne ne nous a prévenus que la machine pourrait s’arrêter de fonctionner, pour des raisons inconnues. Nous connaissons, mon mari et moi, la joie de vivre avec des frères et sœurs rapprochés, les dimanches après-midi à partager nos poupées, nos playmos, nos déguisements, à construire des cabanes. Nous avons grandi avec des habits identiques, dans des chambres communes. Nous avons connu les jeux à deux, à trois, à cinq, les batailles de polochons, les câlins et les attentions fraternelles. Nous avons peur de ne pas pouvoir offrir cela à notre enfant et qu’il nous le reproche un jour. C’est certainement idiot mais c’est ce que nous ressentons et ce qui nous rend malheureux car nous n’imaginons pas notre famille autrement qu’avec une multitude d’enfants. Je souffre, mon mari aussi, et notre souffrance est réelle, légitime et mérite d’être entendue et soutenue.

 

Au cours d’un bilan gynécologique basique, j’avais fait part à mon médecin de mes inquiétudes vis-à-vis de ce petit bébé qui n’arrivait pas mais j’ai dû attendre un an d’essai pour qu’on prenne sérieusement ma demande en compte, simplement parce que j’ai toujours été parfaitement réglée : donc « a priori » il n’y avait pas de problème. Après un an et demi d’attente, nous avons enfin pu commencer les examens complémentaires et même si rien ne semble pêcher du côté de la médecine gynécologique, la naprotechnologie nous aide à éclaircir ce problème pour y trouver une solution durable. Pourtant très confiante en la médecine moderne, je garde une certaine rancœur envers le corps médical, non seulement pour ce manque d’écoute qui nous a beaucoup blessé, mais aussi pour l’insistance avec laquelle ils m’ont poussée à reprendre la pilule quelques jours seulement après mon accouchement, ce qui a sans aucun doute empêché mon corps de retrouver naturellement son équilibre.

 

Même si j’ai peur d’y croire après plus d’une quinzaine de déceptions, j’espère que dans les prochains mois nous aurons l’immense joie d’apprendre qu’un bébé est bien là, logé au creux de mon ventre. J’espère que d’ici là, nos proches, notre entourage, auront compris réellement la peine qui est la nôtre et tenteront, au moins d’être discrets et attentifs pour ne pas nous blesser davantage, au mieux de nous épauler et de nous écouter lorsque le moral flanche.