Infertilité, grossesse surprise, dépression, couple fragile… les entrailles d’une maman dans le combat

Infertilité, grossesse surprise, dépression, couple fragile… les entrailles d’une maman dans le combat

Se soutenir envers et contre tout

Je suis mariée depuis bientôt 9 ans, mais en couple depuis bientôt 19 ans.
Mon premier amour, le grand le vrai, celui à qui on donnerait tout, avec qui on a tout vécu, et surtout celui pour qui vous feriez n’importe quoi…
Nous nous sommes liés, grâce à notre passion commune qu’est la pratique de la voile en compétition. Avec le temps nous nous sommes retrouvés à travailler ensemble jours et nuits, car Capitaine et Chef Hôtesse d’un voilier de propriétaire de 30m. Nous avons sillonné la méditerranée pendant 7 ans avec pour seule vie, de faire fonctionner ce grand navire.
Nous nous sommes mariés après de grandes épreuves de santé, qui nous a encore plus soudés en se promettant de toujours se soutenir.
Après 5 ans de bons et loyaux services, j’avoue avoir eu envie de changements, et puis surtout de créer une famille, nous étions déjà mariés depuis 3 ans. Seulement les embûches se sont de nouveau mises sur notre route et avons dû consulter pour se faire aider. Le couperet tombe… nous ne pourrons être parents sans passer par la case PMA

Un diagnostic d’infertilité

Un long hiver de réflexion (dépression) m’a donc convaincue de repartir en mer pour une dernière saison.
La demande d’énergie pour atteindre les objectifs de perfection demandés dans mon métier est inimaginable. Et pourtant il a bien fallu que j’aille chercher mes dernières forces (le manque d’énergie venant de ma dépression) pour atteindre tant bien que mal ces exigences.
La saison redémarre en avril, je travaille 12 à 14 heures par jour, je devrais en travailler 18 pour pouvoir tout faire mais bizarrement cette année je n’y arrive pas. Sur le pont, lors des manœuvres je m’essouffle.
Après 1 mois de saison, je me rend enfin compte que je n’ai pas eu mes règles depuis longtemps, et fait un test qui apparaît positif en même temps que le produit défile en noir très très très foncé !!!
Je suis enceinte, assommée par la nouvelle, mais tellement heureuse !!! Mon mari n’y croit pas puisque nous avions moins de 2% de chance de pouvoir avoir un enfant naturellement.
Une semaine après nous avons la confirmation par échographie, son cœur bat déjà à toute vitesse, je suis enceinte de 10 semaines aménorrhées…

Une grossesse surprise

A ce moment là, tout va très vite, car je ne peux décemment pas continuer à exercer ce métier, car trop risqué. Seulement c’est le début de la saison et la nouvelle est très, très mal reçue de la part de nos employeurs…
Mon mari reste le capitaine et je dois former ma remplaçante (il y en aura 5 différentes au cours de la saison).
Du jour au lendemain, je me retrouve seule, après 7 ans de vie commune jours et nuits. Sans emplois, sans voiture, avec un pied à terre de 35 mètres carrés où nous avions entassé nos affaires, mais rien de très accueillant…
Je dois tout construire en portant la vie en moi, mais après une dépression de plusieurs mois qui m’avait épuisée moralement et physiquement.
Cette dépression ne m’a jamais vraiment quitté en fait… Mes journées étaient rythmées par les contrôles médicaux, les longues siestes pour récupérer, les repas équilibrés pour récupérer également et la réflexion de ce que j’allais faire de ma vie…
Ma grossesse, plus que suivie et médicalisée, s’est bien passée, avec alitement sur la fin pour attendre le papa qui a pu arriver 10 jours avant la naissance, avec quelques week-ends entre temps mais finalement très peu de présence.
Cette solitude m’a pesé et a surement contribué à garder au fond de moi cette dépression qui pourtant n’était pas voulu car j’allait enfin être maman, mon plus grand souhait !

Une dépression latente

Après un accouchement assez long, je peux enfin tenir mon bébé contre moi 3 jours avant Noël !!! Quel joie, quelle plénitude, quel accomplissement !!!
Je suis harassée mais heureuse. Cette nouvelle vie de maman est très naturelle pour moi, à part l’allaitement qui ne se passe absolument pas correctement. Je ne suis pas du tout bien prise en charge, mon fils perd du poids dans sa première semaine de vie, en étant pourtant toute la journée au sein. Ma sage-femme m’ordonne de passer au tire-lait, je n’ai pas la force de me battre pour trouver la solution et accepte donc cette solution. Il n’est même pas envisageable pour moi de ne pas le nourrir de mon lait.
Je rentre donc dans la folle danse du tirage de lait toutes les 3 heures, avec en plus bébé à nourrir au biberon, le nettoyage de tout ce joyeux bazar sans compter les heures de pleurs nocturnes. Je suis au bord de l’agonie car mon mari est reparti travailler quand mon fils avait 15 jours, aux Baléares où son bateau était basé.
Ma maman est venue m’aider un peu, mais dans un studio il est difficile de se supporter quand bébé décide de ne pas dormir.
Je décide donc d’assumer et essaie de trouver mon rythme, mais c’est tellement difficile de tout gérer seule !!!
Je suis obligée de rester en France car suivie médicalement à cause de mes antécédents.
Mon traitement arrivant à sa fin, notre déménagement pour rejoindre papa s’organise quand mon fils a 1 mois et 3 semaines (tout en gardant le rythme du tirage de lait toutes les 3 heures).

Notre couple qui s’essouffle

A mon arrivée dans notre nouvelle maison, rien n’est prêt…
Je suis épuisée par les 24 h de voyage et doit encore nettoyer, installer, m’adapter à l’endroit où l’on doit vivre…
J’arrive à cours de couche, mais mon mari n’a pas prévu de passer par un supermarché dans son planning et me dis que je chercher à le punir. Incompréhension totale !!! Je tombe des nues…
Comment un mari, un papa, peut il réagir comme ça à une demande urgente et non négociable de couches, alors que j’assume tout, toute seule depuis des mois, sans jamais lui demander d’aide ??? Les mois suivants ne seront que désillusions et incompréhension.
Mon coeur se brise, un peu plus à chaque fois… J’essaie de ne rien laisser paraître auprès de mon fils, mais les enfants sentent tout, surtout quand leur maman ne va pas bien…
Et puis viens l’heure du départ de papa pour sa saison d’été, début avril, pour 6 mois…
Je suis perdue… Je vis dans un pays que je connais mais dont je ne suis pas complètement imprégnée, où il est difficile de trouver les produits basiques dont un nouveau né peut avoir besoin comme le liniment, ou le serum phy (je n’ai toujours pas compris comment les Espagnols faisaient sans ?)
J’étudie le passage au lait maternisé car le tire-allaitement m’épuise, mais les propositions de lait bio sont casi-nulles et il est hors de question pour moi de le passer à un lait plein d’antibiotiques.
Je tiens donc le coup car le tire-allaitement s’espace aussi, mais ma routine quotidienne m’empêche d’avoir une vie sociale.
Je suis donc seule avec mon bébé…
J’ai 6 mois pour cogiter sur ce qui m’a amené là, ce qu’il m’arrive et pourquoi je suis passée d’un amour inconditionnel pour mon mari à un grand vide ???
La dépression toujours latente resurgit…
Mon quotidien avec mon bébé me fait tenir… Ma seule priorité est lui… Je m’oublie complètement… J’ai juste une pierre à la place du coeur…

Mes nouveaux défis

L’hiver suivant est tout aussi compliqué, mon mari travaille énormément, nous ne nous voyons que très peu et je suis obligée de lui demander de s’occuper de son fils pour qu’il aille vers lui…
Notre couple est au bord de l’implosion… Chaque jour qui passe me donne des raisons de l’aimer moins que le jour d’avant…
Je ne devais pas être très agréable à vivre, peut être, mais lui ne s’est jamais adapté à cette nouvelle vie de famille et ses obligations et ses aléas…
Aux 1 an de mon fils, jour pour jour, je décide d’arrêter le tire-allaitement… Je suis fière de moi !!! Mon mari me dit juste que je suis tarée d’avoir tenu jusque là.. Pas de mot gentil…
Cette obligation enlevée je me sens un peu plus libre, je reprend un peu d’énergie… Mais malheureusement mon fils qui n’avait pas été malade jusque là, fait des bronchites asthmatiformes chroniques… Le moindre courant d’air le rend malade voir même en crise qui nécessite hospitalisation.
Ma bouffé d’air frais est donc de courte durée. Je prends un abonnement chez le pédiatre…
J’assume… Je suis triste à mourir… Mais j’assume… Je m’oblige à aller voir les quelques copines que j’ai réussi à me faire ici…

Je souffle

J’arrive à mettre quelques jours par semaine mon fils à la crèche, ce qui me permet de souffler, de juste pouvoir faire les courses normalement…
La saison reprend pour mon mari, son départ, nos voyages pour le retrouver 2 jours, par ci, une semaine par là…
Au retour d’un voyage compliqué pour le rejoindre en Grèce, où nous ne nous sommes absolument pas entendus, je décide de prendre beaucoup de recul…
Quelques mots prononcés par mon mari m’ont permis de comprendre que j’était à des années lumières de son fonctionnement et ce depuis toujours… Je lui avait toujours TOUT donné… Dans le TOUT j’inclus ma propre vie, ma propre âme, et tout ça par amour…
A mon retour chez moi, je décide de redevenir la personne que j’étais avant de le rencontrer en me fixant le défis de courir les 10kms du marathon de novembre… Je reprend le fitness à la maison, et 2 à 3 entrainements de course à pieds par semaine. Je commence par 2.5kms en étant rouge comme une tomate et crachant mes poumons… Et le 15 novembre, je les cours ces 10kms !!! Je suis tellement fière de moi !!! ma progression avait été rapide et intense mais j’étais arrivée au bout, et seulement grâce à moi !!!

Je vis ma vie

Depuis ce temps, je vis ma vie. Je ne dis pas que j’ai pas de rechutes et que tout va toujours bien…
Nous sommes toujours mariés et ensemble et j’ai l’espoir que nous trouverons un équilibre avec le temps mais une chose est sûre, mon amour pour lui ne sera plus jamais celui du premier amour !!! Les désillusions, les réflexions, et l’absence de soutien au moment où j’en avais le plus besoin ont eu raison de mon amour pur et simple, le plus beau, le plus grand… Je suis si triste qu’il soit parti, mais reste persuadée que nous arriverons à nous reconstruire… Pour moi, l’engagement que nous nous sommes promis l’un à l’autre est le ciment de notre couple et est et doit être plus fort que tout…
Caroline