Être fille unique, cela a forgé la femme que je suis aujourd’hui avec mes forces et mes faiblesses

Être fille unique, cela a forgé la femme que je suis aujourd’hui avec mes forces et mes faiblesses

A chaque fois qu’on me demande : « t’as des frères et sœurs ? » et que je réponds : « non, je suis fille unique », le regard des gens change. Je vois ce regard qui dit, « ma pauvre, tu n’as pas de chance » ou bien « toi, tu as été pourrie gâtée c’est cool ! ».

Il existe de nombreux « clichés » sur les enfants uniques : des êtres solitaires, égoïstes, insociables, curieux, intrigants, tristes, pourris gâtés, capricieux, surprotégés, … mais attention aux généralités et aux stigmatisations ! Chaque être, qu’il soit issu d’une fratrie ou qu’il soit enfant unique a bien évidemment ses traits de caractère et sa personnalité.

Je ne sais pas si nous pouvons juger qu’être enfant unique est un privilège ou un fardeau. C’est un fait, c’est comme cela et nous ne pouvons rien y changer. C’est l’histoire de nos parents, leur décision, nous ne pouvons pas toujours savoir pourquoi ce choix a été fait. Peut-être qu’avoir un enfant c’était suffisant pour eux ? Peut-être qu’ils n’ont pas pu en avoir un second ? Peut-être, peut-être, peut être … Peut être aussi que nous n’aurons jamais ces réponses. Peut-être que nous ne les voulons pas non plus.

Quand j’étais petite, je ne voyais pas le problème. J’avais oui, toute l’attention de mes parents. Oui effectivement j’étais souvent seule, j’ai appris à jouer seule et à me créer des histoires, les rendre vraies aussi. J’ai pu développer une imagination débordante. Un imaginaire vers qui me tourner et me réfugier quand certains moments pouvaient devenir lourds, pesants. Je ne me souviens pas m’être un jour ennuyée à vrai dire. J’ai toujours réussi à composer entre les moments seules et ceux entourés. J’avais aussi la chance d’avoir beaucoup d’amies. Ma maman me permettait de les inviter quand je voulais pour jouer à la maison ou bien de les emmener en vacances avec nous.

Je n’ai jamais pensé qu’être enfant unique était quelque chose de triste ou une fatalité. Être enfant Roi (ou Reine) cela peut avoir aussi certains privilèges : ne pas être obligée de partager, « tout ce qui est à moi est à moi », « je fais ce que je veux quand je veux », « j’ai mes parents et leur attention pour moi toute seule ». Certains diront que les enfants uniques peuvent avoir justement un caractère propre aux enfants uniques : difficultés à aller vers les autres, plus observateurs, besoin de plus d’attention que les autres, etc.
Pour ma part, j’ai appris à être seule mais cela m’a surtout permis de choisir si j’avais envie d’avoir la présence de personnes autour de moi ou justement le contraire.

De l’enfance à l’adolescence, être fille unique ne m’a pas perturbé plus que cela. Je n’avais juste pas la chance, comme mes amies, d’avoir des grands frères ou grandes sœurs avec qui trainer, qui pouvaient me protéger quand un garçon m’avait blessé par exemple ou encore me remettre les idées en place (notamment en pleine crise d’adolescence !). Je n’ai pas connu les frères et sœurs qui se chamaillent, les fratries. Je n’ai pas eu tout cela mais j’avais quand même mes cousins et cousines qui se permettaient de me remettre dans le droit chemin quand j’avais tendance à m’en éloigner.

Puis, je me suis mariée. Mon mari quant à lui vient d’une fratrie de trois et il est l’ainé. Depuis que nous sommes ensemble (11 ans cette année), j’ai dû apprendre un mot qui n’était pas du tout intégré à mon vocabulaire : P-A-R-T-A-G-E-R. Et quel mot ! Difficile de se dire que finalement tout ce qui est à moi, n’est plus seulement à moi mais à Nous. Ce n’est pas encore parfait, mais je sais que je fais des progrès sur ce sujet, ce n’est pas une évidence en soi.


©Freyia Photography pour MV

En grandissant, ce sentiment d’insouciance, que cela m’était égal d’être fille unique s’est vite éloignée.
Les évènements de la vie font que finalement être enfant unique, ce n’est pas toujours facile et que ce n’est (à mes yeux du moins) surtout pas un privilège. Qu’avoir des frères et sœurs sur qui se reposer, parler, se confier, partager, s’aider à prendre du recul surtout quand cela concerne les parents aurait été vraiment une chance et un soulagement.
Notamment quand il y a eu la séparation de mes parents, être (au moins) deux enfants m’aurait évité de faire le tampon entre mes parents. Ne pas être sans cesse au milieu d’eux. Malgré moi, je me suis sentie inconsciemment prise d’une mission qui était de protéger ma mère. Personne ne me l’avait demandé et surtout pas elle. Mais en tant que fille unique, je n’ai pas réussi à faire autrement. Nous n’étions plus que toutes les deux et un lien fort s’est développé entre nous. Alors peut être qu’avec des frères et sœurs, ce « poids » aurait été moins lourd, j’aurais peut-être pu/dû reprendre mon rôle, ma place d’enfant. Je n’étais pas la mère de ma mère, juste sa fille.

Aujourd’hui, il y a des jours où je me sens tellement seule, triste et je sais fatalement que cela n’ira pas en s’améliorant. Quand des décisions seront à prendre notamment à propos des parents, je devrais les prendre seule. Avoir le soutien de son mari, sa famille, de ses ami(e)s est une chance extraordinaire. Malheureusement parfois, s’ils ne savent pas que c’est d’être enfant unique, nous pouvons vite être incompris.

De mon expérience et de mon vécu, je ne peux pas dire qu’être enfant unique soit un privilège ou un fardeau. Je dirais qu’il y a des bons côtés, je n’ai pas été malheureuse non plus, il y’a toujours eu beaucoup d’Amour autour de moi, mais il peut y avoir aussi des côtés plus lourds, plus difficiles. Je sais seulement que mes parents ont fait de leur mieux pour mon bonheur, que je sois heureuse et que je ne manque de rien.

Je n’ai pas choisi d’être fille unique, je sais seulement que cela a forgé la femme que je suis aujourd’hui. J’ai de nombreux défauts, des failles, des blessures qui ne sont pas encore guéries mais j’ai aussi grâce à cela des qualités comme la persévérance, l’autonomie, je suis observatrice, j’ai la capacité, l’envie de m’en sortir par moi-même quand cela est nécessaire. Je sais que je peux et je dois compter sur moi, je suis ma meilleure alliée !

Fardeau ou privilège ? Avantage ou inconvénient ? Chaque être construit sa vie en fonction des valeurs et de l’éducation qu’il a reçu, de l’Amour qu’on lui a donné. Un enfant unique n’est pas plus malheureux qu’un enfant issu d’une fratrie. Il aura un fonctionnement peut être différent et une manière d’appréhender les choses, la vie autrement, à sa manière.

Photo @Freyia Photography pour MAMAN VOGUE

Eglantine Zabiaux



En couple depuis 11 ans mariée depuis 2015. Travaillant depuis de longues années dans le monde de la restauration, Eglantine aime découvrir de nouveaux horizons. Durant son temps libre elle s’essaye à l’écriture.
Passionnée par les voyages, la littérature, la déco, l’amour, l’amitié et les rencontres. Très curieuse, elle déborde d’imagination (parfois peut être un peu trop !).