Et soudain, la remplaçante…

Et soudain, la remplaçante…

Il y a eu le secret à garder puis l’annonce puis les réponses aux multiples questions, les regards en biais, la joie partagée ou au contraire la grande indélicatesse…bref, rares sont les milieux professionnels dans lesquels la nouvelle d’une grossesse est universellement bien accueillie. Car oui, si toi tu te dédies temporairement pleinement à accueillir ce nouvel enfant, cela implique surtout que tu t’absentes de ton travail…et que tu sois remplacée…

Mon patron m’appelle rapidement pour me glisser qu’il voulait me prévenir qu’il avait lancé le recrutement de la dite remplaçante…qui intégrera définitivement l’équipe. Ah bon…Pour faire quoi de plus ? Il ne sait pas précisément mais pas d’inquiétude, je retrouve mon poste quand je reviens. A quelles conditions ? Sous quelle forme si nous sommes deux à abattre ce que je faisais seule ? Comment allons-nous nous organiser à mon retour ? Qui va manager qui ? Quelles missions va-t-il me rester ?

 

Quelqu’un va occuper mon terrain de jeu. Evidemment, pour le bien du poste, je préfère qu’elle soit bonne mais pour mon bien à moi, égoïstement, j’espère être meilleure… Elle aura déjà l’avantage d’occuper le terrain…Alors qu’adviendra-t-il de moi si elle est excellente et sympathique ? Qu’elle fait les horaires que je ne tiens pas, avec mes enfants. Et si finalement, personne ne me regrettait ? Peut-être auront-ils le sentiment de gagner au change ? Peut-être s’entendra-t-elle mieux avec mon patron que moi ? Peut-être créeront-ils une complicité que je n’ai jamais su lier avec lui.

Et si le rythme de croisière changeait sous son impulsion, avec des horaires décalés en sens inverse des miens…Et si elle transformait toutes les façons de faire de l’équipe, en mieux. Et si c’était une arriviste qui cherche délibérément à m’évincer?

Quelle sera ma place à mon retour ?

Le monde ne peut pas s’arrêter en mon absence, l’entreprise doit continuer à fonctionner et à leur juste mesure, mes activités doivent continuer. Evidemment, la remplaçante est une réalité avec laquelle je vais devoir vivre. Mais on devrait faire davantage attention aux sentiments des femmes qui partent en congé maternité. Elles sont sûrement toutes à leur bonheur et partiellement obsédées par leur félicité à venir mais elles sont aussi parfois tétanisées par le départ de leur travail. On est contentes d’aller se reposer mais on est aussi parfois soucieuses de laisser son travail derrière soi. On a construit quelque chose dans notre équipe, on a apporté une pierre à l’édifice. Parfois, on a mis du temps à se sentir légitime et à l’affirmer. On a mis en place, éprouvé et vécu des façons de fonctionner, des processus, un mode d’organisation. Et tout ça va vivre en notre absence.

La remplaçante qui arrive avec la bouche en cœur, le compteur d’énergie à fond pour assurer VOTRE travail, elle est formidable et heureusement qu’elle est là pour venir vous soulager et vous permettre de vous reposer. Mais elle est aussi la principale menace devant tout ce que vous avez réalisé dans votre travail. Elle est aussi une épée de Damoclès au-dessus de votre tête. Elle pourra donner une nouvelle vision ou impulsion qui vous exclut totalement.

Subitement, on vous remet un peu à votre place. Vous n’avez plus d’avis à donner, vous devez absolument transférer toutes vos responsabilités à la nouvelle. Vous êtes un peu une lâcheuse d’ailleurs. On vous évince progressivement des plus beaux projets, les plus excitants et exigeants, pour que vous puissiez « vous reposer ». Mais quelle valeur a le travail que personne ne suit, sur lequel personne n’a d’attentes ? Est-ce qu’il ne va me rester que ça à mon retour ?  Vous vous rendez compte que petit à petit vous n’êtes plus celle sur laquelle on compte, celle qu’on inclut dans les échanges, on vous isole petit à petit.  Laissez les autres travailler, allez pouponner. Et puis laissez la nouvelle prendre sa place, laissez-lui le champ livre. Après tout, si elle est là, c’est quand même à cause de ou pour vous… 

Et puis, vous ne pourrez jamais rivaliser avec sa disponibilité…

L’arrivée de ma remplaçante m’anime de sentiments partagés. Au lieu de m’apaiser, elle me stresse, me pousse à me sentir coupable, à me comparer, à me remettre en question et à compenser au maximum. Comme si je voulais dans cette dernière ligne droite donner le maximum et laisser la meilleure impression possible. Peut-être que finalement son influence est ou sera bénéfique, peut-être deviendra-t-elle une excellente partenaire de travail, seul l’avenir le dira.

J’ai été harcelée au travail à mon retour de congé maternité

Grossesse et travail

Paola Marceau

Working mum de 2, la maternité est pour elle un sujet intarissable d'échanges et de questionnements et une aventure galvanisante au quotidien.

Elle partage avec joie son vécu, ses interrogations et ses petits tips !