Pour mes enfants, j’ai tiré un trait sur ma carrière..

Pour mes enfants, j’ai tiré un trait sur ma carrière..

« Voilà je voulais vous annoncer que je suis enceinte », « Ah oui super…Bon ça ne changera rien pour le moment. D’expérience, je sais que dans ce métier les femmes comme toi réussissent à tenir avec un enfant ; en revanche à deux, elles sont complètement larguées »…la réaction édifiante de mon patron…A laquelle je n’ai pas voulu croire.
On est en 2015 après tout. Les femmes jonglent toutes avec plusieurs agendas, plusieurs vies, plusieurs missions…Oui mais dans mon cas, ce n’était pas possible de tout faire correctement.

Mon métier implique beaucoup de déplacements et évidemment c’est sur le terrain qu’on progresse, que les projets les plus intéressants avec les meilleures équipes se passent. C’est comme ça qu’on fait ses preuves…Oui mais alors comment on fait quand la nounou (quand on a la chance d’en avoir une) quitte à 19h et que son mari vit en province toute la semaine ? Et puis au-delà des contingences matérielles, comment est-ce que je veux construire la relation avec mon enfant ? Quelle maman est-ce que je veux être au quotidien ?

Je me suis posée la question pendant tout mon congé maternité « comment vais-je faire ? »
Plusieurs options tournent dans ma tête: le papa demande à rester plus souvent là où nous habitons et nous jonglons ainsi l’un en déplacement pendant que l’autre est là ; une jeune fille au pair, une baby-sitter qui prennent le relais quelques jours de la semaine avant mon retour ; laisser mon enfant à ses grands-parents lorsque je suis en déplacement…mais non, dans tout ça, j’oubliais ma conviction profonde que mon enfant avait besoin que je sois là et que je sois disponible pour lui. Alors j’ai tranché, je suis allée voir mon patron et lui ai expliqué que je ne pouvais plus me déplacer et que c’était à prendre ou à laisser. Que si ce n’était pas faisable pour lui, on se quitterait bons amis mais que je préférais être claire dès le début. Et ils ont accepté mes conditions et honnêtement, je leur en suis reconnaissante.

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Et je dois reconnaître que même si je connaissais les conséquences d’une telle décision, ça a été très dur. La société tournait comme une ruche et j’avais l’impression de ne plus être dans le rythme. Mes collègues travaillaient sur des projets extrêmement excitants et souvent éprouvants, j’avais le sentiment d’être devenue la petite protégée qui n’en fait pas trop depuis la maison mère, la « planquée ». Puis, tout le monde a avancé beaucoup plus vite que moi ; certaines personnes arrivées bien plus tard me sont passées devant dans la hiérarchie. Je n’ai plus pu assister à toutes les réunions de fin de journée, cette habitude déplorable des jeunes entreprises dans lesquelles il n’y a pas de parents, pas d’horaires, pas de contraintes…c’était le résultat d’une situation que j’avais choisi mais ça fait mal quand même, de ne plus pouvoir faire à fond ce travail qu’on a tant aimé. Ça fait mal à l’égo aussi, ça fait douter de son utilité dans l’entreprise dans laquelle on travaille et plus généralement, de son utilité en tant que travailleuse. Tout un équilibre soudainement bouleversé (au-delà des chamboulements liés à l’entrée d’un enfant dans ma vie). Puis, ça fait mal de se rendre compte que vous êtes la seule à faire ce compromis, que votre mari, lui, n’a rien changé à ses horaires et à sa vie, que sa carrière à lui peut suivre le cours qu’il avait toujours tracé puisque vous assurez.

Par ailleurs, j’ai aussi réalisé avec plus de sérénité que finalement, quand je suis revenue au travail après ce congé maternité, j’étais une autre femme. Tiraillée entre deux mondes, sans cesse distraite mais aussi plus mature, prenant plus de recul sur ma vie au travail, les problèmes qui surgissent et leur degré de criticité. Etre maman m’a vraiment changée et m’a permis aussi de rétablir un équilibre plus sain entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle. La vraie vie ce n’était plus seulement les powerpoint et les réunions interminables sur la dernière analyse du bilan de la société mais aussi les débrief du pédiatre, les étapes de développement, les bobos, les nouvelles relations de famille,…La maternité m’a appris à prendre la juste distance avec mon travail et m’a apporté d’autres sources d’épanouissement et d’autres missions, un rééquilibrage salutaire même s’il implique que ma carrière en pâtisse. 

Je navigue entre plusieurs humeurs. Parfois je suis fâchée de me dire que je ne peux pas tout avoir, parfois je suis reconnaissante pour le recul que cela m’aura apporté et souvent je suis nostalgique de ma vie d’avant. Bien sûr j’envie mes collègues mais souvent je me dis que la maternité me rend tellement heureuse que l’essentiel est ailleurs.

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