Education positive ou parentalité affirmée ? Merci Charlotte Uvira de répondre à nos questions !

Education positive ou parentalité affirmée ? Merci Charlotte Uvira de répondre à nos questions !

« Qui a dit que l’éducation positive était laxiste et permissive ?
De nombreux parents se sentent désarmés devant les comportements de leurs enfants et rejettent la parentalité positive qu’ils accusent d’être laxiste et incapable de répondre à leurs besoins.
La Parentalité Affirmée leur offre une boussole qui met le cap sur la famille de leur rêve. Elle développe les valeurs de respect, humilité, responsabilité, autonomie, confiance en soi, et empathie dans un cadre affirmé, favorable au bien-être et au plaisir de tous. Des outils simples et accessibles à tous pour créer le renouveau des pratiques d’éducation positive. Un témoignage authentique, plein de sagesse et d’humilité »

A l’occasion de la sortie du livre « Parentalité affirmée : et si le capitaine du navire c’était vous ?« , nous avons eu la chance de creuser un peu le sujet avec l’auteur Charlotte Uvira, qui répond à vos interrogations et vos doutes, à vos situations quotidiennes de façon concrète !
Merci de nous les avoir partagé et Merci Charlotte de nous aider à y voir plus clair !

 

Charlotte Uvira : Avant de répondre, il me semble important de rappeler quelques idées-clés sur l’éducation positive et sur mon métier!

Je ne proposerai pas de baguettes magiques, qu’il suffirait d’agiter pour résoudre tous les problèmes en un clin d’oeil.

Je ne donnerai pas d’outils pour obtenir l’obéissance, car l’éducation positive est en fait une manière d’élever son enfant pour qu’il se développe bien.

Je ne vous proposerai pas des solutions « clé en main », sans connaître l’histoire familiale du parent (celle de son enfance et celle qu’il a tissée avec ses enfants), son contexte de vie, les manières dont les conflits ont été solutionnés jusqu’à présent, etc.

Être parent est un chemin. Pour le parcourir avec aisance, il faut travailler sur ses peurs et ses croyances. Il faut aussi développer ses connaissances, alors que la société nous inonde de balivernes.

En réponse à chaque parent, je vais donc tenter ici d’expliquer comment nous pouvons voir les choses du point de vue de l’éducation positive, avec respect pour ce parent qui est en galère et dont je ne connais rien.  

  • Que faire quand son aîné qui a 3,5 ans tape sa petite soeur depuis 3 MOIS, il griffe et tape sans raison à l’école aussi ? Nous ne donnons presque jamais de claques, mais suis-je trop laxiste que faire ?

Je comprends votre inquiétude. La violence du petit-enfant est un phénomène qui nous fait peur et nous heurte, surtout quand la victime est un enfant plus petit ou que nous n’y trouvons aucune justification. J’aimerais vous apporter quelques connaissances à ce sujet pour vous rassurer.

La violence de l’enfant est une réaction naturelle. Tous les enfants passent par de telles périodes, non pas parce que leurs parents sont laxistes, mais simplement parce qu’ils ne savent pas/ ne peuvent pas encore faire autrement. Renoncer à la violence c’est notamment utiliser la régulation émotionnelle et l’inhibition des comportements. Mais ces deux fonctions sont dévolues au cortex préfrontal qui n’est pas assez mature pour y parvenir (il finira son développement au milieu de la vingtaine). En attendant, l’enfant apprend, et il apprend d’autant mieux que ses parents sont de bons modèles en la matière.

On peut évidemment penser que l’enfant « griffe et tape sans raison ». Pourtant, il y a toujours une raison. L’arrivée de sa petite soeur et son entrée à l’école maternelle sont de grands bouleversements. Pour beaucoup d’enfants, c’est un stress énorme. À l’école, il faut souvent montrer aux autres que l’on sait se défendre pour ne pas être attaqué.

Afin de calmer les choses, je vous propose quelques pistes: ne pas le laisser seul avec sa sœur, lui répéter que certains comportements sont interdits de manière ferme, éviter autant que possible les écrans (ou les limiter à 2h par semaine, avec un programme choisi avec attention), et surtout lui offrir des moments de joie et de détente qui le rassurent quant à sa place et à l’amour que vous lui portez.

  • Mon enfant me répond systématiquement dès que je lui demande quelque chose, j’ai beau le menacer, lui expliquer, le punir… rien ne change que faire? Il a 3 ANS !

Lorsque je reçois des parents en consultation, nous travaillons toujours sur un exemple précis, pour être efficaces. « Répondre » est assez vague et pour vous accompagner, il me faudrait savoir ce que vous entendez exactement par là. Que vous dit votre enfant ?

Ce que les parents appellent « répondre » veut parfois dire que l’enfant exprime son avis de manière obstinée ou insiste. Ce n’est pas forcément facile pour un enfant de comprendre que ses parents ont le droit de tout dire, mais que lui doit faire le tri entre ce qui est bienvenu et ce qui ne l’est pas.

En réalité, ceci va au-delà des compétences de l’enfant. Rappelons-nous que si le cerveau de l’enfant est bien entier, à 3,5 ans il n’y a pas la moitié de son cerveau qui est connectée !!! Comme vous l’avez constaté, le menacer, lui expliquer ou le punir n’y change effectivement rien.

Dans mon livre je partage une anecdote qui m’est chère. J’ai eu la terrible douleur de manquer de perdre ma fille dans un accident domestique très grave. J’ai alors compris que tous les agacements que sa petite voix me faisait subir n’étaient rien, mis à côté de la perspective de ne plus jamais l’entendre.

Souvent, quand rien ne semble fonctionner, replacer l’amour et le respect mutuel au centre de la relation nous aide!

 

  • Mes filles mettent 1H à chaque déjeuner et dîner, c’est une véritable corvée de passer à table, elles ne veulent rien manger ,comment ne pas perdre patience et leur faire avaler quelque chose ?!

Je comprends combien cette situation est épuisante pour vous. Malheureusement, j’ai trop peu d’éléments concrets pour vous répondre, car j’ai beaucoup de questions. Quel âge ont vos filles, comment ont-elles découvert l’alimentation solide, que veut dire « rien » ?

 

  • Comment donner un médicament sans forcer ? Ou comment faire une drp (pourtant parfois nécessaire) sans avoir l’impression de le maltraiter ?

C’est une question sur laquelle même le corps médical se penche. En tant que professionnelle de l’éducation positive, je ne suis pas compétente pour répondre à cette question.

  • Que conseillez-vous concrètement pour vous faire obéir ? j’ai l’impression que parler et expliquer ne fait rien du tout et j’aimerais que mon fils soit bien élevé ! il n’en fait qu’à sa tête !

Dans ce genre de situation, je demande généralement au parent comment il communique avec son enfant et quel âge a son enfant.

Dans certains cas, on a calculé qu’un parent pouvait donner une centaine de directives à son enfant en 1 heure. Sans nous en rendre compte, il nous arrive de saturer l’enfant par des demandes trop nombreuses, trop rapides, notre enfant est submergé et ne nous écoute plus. Idéalement, nous devrions donner le nombre de directives que nous-mêmes sommes capables de tolérer sans nervosité.

Dans d’autres cas, nous nous apercevons que les demandes des parents ne sont pas claires. Par exemple, le parent dit « prépare-toi », ce qui en soit ne donne pas d’information exploitable pour l’enfant. S’agit-il de s’habiller ? De se déshabiller ? Pour faire quoi ? Parfois les parents disent ce qu’ils ne veulent pas, sans dire ce qu’ils voudraient vraiment, comme par exemple « ne tape pas ta fourchette sur la table ».

Les parents peuvent même utiliser des expressions complètement inaccessibles pour les petits enfants, comme « continue comme ça, et tu vas voir ». L’enfant le prend au mot, il continue, et le parent se fâche.

 

À partir d’un certain âge, on peut faire évoluer la relation, en donnant pleinement sa place à l’enfant et nous devons veiller à ne pas user la relation à trop la dominer.Ainsi, à partir de 2 ans, on peut inviter l’enfant à dire ce qu’il sait: « on doit partir et il pleut. D’après toi, est-ce qu’on doit mettre un t-shirt ou un manteau ? ». Mais quand l’enfant grandit, il se sent bien si nous l’invitons à nous dire ce qu’il sait « comment devons-nous nous tenir à table ? Qu’est-ce que nous pouvons faire ? Qu’est-ce que nous ne pouvons pas faire ? Pour quelle raison, d’après toi ? ». Nous laissons l’enfant dire ce qu’il sait parce que cela le motive et le rassure sur sa valeur… et que dire, c’est faire !

Quand il est condamné à nous dire « oui ou non » à la fin de chacune de nos questions, il se désengage, il n’est pas intéressé et se sent rabaissé. L’enfant n’est pas capable de penser bien seul – du coup dire à un enfant de réfléchir tout seul dans sa chambre ne nous mène jamais nulle part –  et l’enfant est susceptible de faire n’importe quoi parce qu’il peut avoir de mauvaises idées. Il doit donc apprendre à réfléchir. Il en est capable si un adulte prend le temps de l’interroger, par des questions plutôt ouvertes, sur un ton aimable et respectueux, au lieu de lui faire la leçon.

Enfin, du point de vue de l’éducation positive, nos demandes ne doivent pas être des exigences d’obéissance. Personne ne souhaite obéir, ni les enfants ni les adultes. Mais chacun est prêt à coopérer, s’il comprend le sens de la demande qui lui est faite.

Typiquement, l’ordre « tu ranges ta chambre parce que je te l’ai dit » à toutes les chances d’amener de grosses difficultés. Alors que la demande « je voudrais que tu ranges parce que j’aime avoir une maison rangée où les affaires sont faciles à retrouver et ne risquent pas d’être cassées » va être entendue par l’enfant. Selon son âge, on devra aussi montrer que nous sommes nous-mêmes prêts à contribuer en aidant notre enfant à faire ce rangement.

 

  • Que conseillez-vous quand votre enfant fait un caprice ? Qu’il ne veut pas partir d’un endroit, ne veut pas terminer son assiette, ne veut pas dire bonjour ou merci, ne veut pas aller au lit…?

La notion de « caprice » mérite qu’on s’y attarde. Lors d’une conférence avec des parents, nous sommes tombés d’accord sur le fait qu’il s’agit des situations où l’enfant demande quelque chose, qu’il insiste alors que l’adulte refuse, et qu’il s’effondre émotionnellement.

Souvent les questions comme celles-ci témoignent du ras-le-bol des parents, qui voudraient que la vie soit plus simple, avec un enfant qui fait ce qu’on lui demande.

En vérité, on ne peut pas traiter de la même manière la question de partir d’un lieu, et celle du repas, du bonjour ou du coucher. Ce sont 4 situations totalement différentes. La première implique une transition. La seconde de mettre dans son corps quelque chose (et on ne sait pas ce qui est cuisiné ni si l’enfant a faim). La troisième parle de l’intégration des codes sociaux et culturels, ce qui est assez complexe, car à certains âges les enfants doivent d’abord satisfaire des besoins de sécurité. Quant à aller au lit, cela signifie se séparer. Ici nous ne savons pas combien de temps l’enfant passe effectivement avec ses parents dans des moments de qualité. Nous ne savons pas non plus son âge…

Comme vous le voyez, l’éducation positive n’a pas de recette anti-caprice ! Nous ne cherchons ni à généraliser ni à répondre par automatisme. Nous cherchons à comprendre ce qui est en jeu. Dans ma pratique, je remarque que les parents pensent que l’enfant de 3 ans devrait dormir toute la nuit. Mais c’est faux. Le sommeil de l’enfant se stabilise entre 3 et 5 ans. Avant cela, l’enfant se réveille pour rejoindre ses parents pendant la nuit. C’est un comportement naturel observé dans toutes les sociétés à travers le monde. Alors c’est hyper compliqué, car cela demande de s’écarteler entre de multiples besoins, et c’est la relation parent-enfant qui trinque.

Je vous proposerais de voir chaque situation sous un angle spécifique, et de simplement vous demander « qu’est-ce que ça me ferait à moi… ? » ou « quelle est sa demande au fond ? ». Un enfant qui entend qu’il est compris dans ses émotions est en confiance. Il est alors davantage motivé à coopérer.

Dans mes accompagnements, nous nous demandons également si parent et enfant se voient suffisamment. Il arrive que les parents ne voient leurs enfants qu’une heure ou deux par jour. Et au lieu d’en faire un bon moment, ils multiplient les demandes, les plaintes et les critiques. La relation est alors plus difficile, car ces enfants-là n’ont pas envie de s’investir, pour des parents qui ne s’investissent pas.

Comme vous le voyez, de nombreuses pistes sont envisageables et il n’y en a encore bien d’autres. Seul un travail avec le parent peut nous amener à comprendre ce qui est réellement en jeu.

 

  • Mon enfant est très timide, quelle attitude dois je avoir pour l’aider à aller vers les autres et me lâcher un peu !

Je comprends que cette question vous inquiète, et il serait intéressant de pouvoir l’approfondir. Votre enfant est-il timide ou est-il anxieux? J’aurais besoin d’en savoir plus. On a découvert que la timidité était génétique. Dans ces conditions, on a autant de chances de changer un timide en extraverti, qu’une personne aux yeux marron en personne aux yeux bleus. Mais si l’enfant est anxieux, cela peut témoigner d’un problème de confiance ou d’un attachement insécure. Et ce n’est pas pareil du tout.

De manière générale, accepter l’enfant auprès de soi, ne pas l’obliger, ni lui donner l’impression qu’il est indésirable ou agaçant, est important. Car ces attitudes l’insécuriseraient davantage et le rendraient plus anxieux encore. Il ne faut pas le stigmatiser, ni trop lui parler de sa timidité, mais avoir un comportement plutôt naturel, volontiers ouvert à rencontrer les autres. Si le problème se pose de telle manière qu’il empêche le développement sain de l’enfant, et seulement dans ce cas, il est nécessaire de se faire accompagner sur une telle problématique.

  • Ma fille ne veut pas aller à la selle aux toilettes, mais uniquement dans sa couche alors qu’elle est propre depuis 6 mois, ce sont des vraies crises de larmes et elle ne fait rien sortir sinon… que faire ?

Je comprends votre inquiétude, mais ceci n’est pas de la compétence des professionnels de l’éducation positive. Chacun doit connaître ses limites. Il est nécessaire d’aller voir la pédiatre, si le problème persiste.

 

  • Mon enfant se lève 3 fois par nuit et je suis épuisée, que faire concrètement ?

Cela fait partie des plus grandes difficultés des parents. Les nuits décousues et interrompues qui s’éternisent…

Comme je le disais plus tôt, de grandes croyances populaires, tout à fait fausses, sont véhiculées dans notre société et nuisent énormément à la relation adulte-enfant. La pire est certainement celle qui concerne le sommeil de l’enfant. Non, les enfants ne font pas leur nuit. Non, l’enfant n’est pas fait, ni préparé à affronter les nuits seul. Aucun mammifère ne l’est. À 3 ans, la majorité des enfants rejoignent (ou essaient de rejoindre) leurs parents pendant la nuit. C’est un comportement absolument naturel, car l’enfant a besoin du contact de ses parents pour se sentir protégé. Et ceci cesse en général vers 5 ans.

Finalement, le problème ne vient pas tant de l’enfant, que de la société qui rend cette période insupportable. Il faut dormir en couple (sinon gare au regard des autres !!) et il faut travailler à des horaires qui ne prennent pas en compte les besoins de parents d’enfants en bas âge. Les mamans sont souvent écartelées entre toutes ces demandes. Elles ont peur, car on leur dit que si leur enfant dort avec elle, il deviendra tyrannique, ou bien elles craignent les réactions de leur conjoint et les conséquences sur leur couple. Du coup, elles le vivent très mal, et au lieu de dormir à peu près bien avec des solutions adaptées à leur situation, elles se réveillent et se lèvent plusieurs fois par nuit pour « repousser » leur enfant dans sa chambre.

 

Retrouvez les ateliers de Charlotte ici https://www.happyologie.ch

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