Différence de croyances religieuses dans le couple : et les enfants ?

Différence de croyances religieuses dans le couple : et les enfants ?

Dans certaines familles, il peut exister un « métissage religieux » franc comme un père juïf et une mère catholique ; une mère musulmane et un père athée ; une mère hindouiste et un père chrétien… Et il existe aussi un métissage moins franc : une mère chrétienne non pratiquante et un père agnostique, une mère juïve non pratiquante et un père de tradition catholique…
La différence : le « degré » de la foi ou des convictions dans le cœur de chacun des parents. Et c’est cela qui va être important car c’est selon la force de sa foi ou de sa « non croyance » que l’on vit et que les choses du quotidien sont ordonnées. Cette question va donc impliquer beaucoup de choses pour les enfants.

Un accompagnement et apprentissage à la religion nécessaires à l’enfant

Mais, attention, des spécialistes, comme Isabelle Lévy, mettent en garde ces couples pour le bien de leurs enfants. Dans la psychologie de l’enfance, tout le monde s’accorde à dire qu’un enfant a besoin de repères clairs pour pouvoir se construire et s’épanouir en sécurité. Or, l‘écueil dans lequel les parents de croyances mixtes pourraient tomber, dit-elle, c’est celui de croire qu’ils peuvent élever leurs enfants dans les deux religions ou de faire juste un rituel religieux à leur naissance et de les laisser choisir plus tard. On comprend bien cette intention louable de leur laisser la liberté fondamentale de croire ou non. Certes, ils sont libres et il faut le leur dire mais attention car : un enfant ne naît pas en sachant ce que c’est que d’avoir la foi ou de vivre sans.

Comme il est totalement dépendant de ses parents, et qu’il apprend tout d’eux, il va vouloir suivre l’exemple de ses parents. Et si ses parents divergent : comment trouvera t’il ses repères ? « L’enfant en réalité n’est pas libre de choisir une religion puisqu’il ne sait pas ce que c’est ». C’est ce que dit, Isabelle Lévy. Elle pense que « les parents mixtes religieusement ne devraient pas laisser à leurs enfants, le poids du choix entre un papa d’une religion « x » et une maman d’une religion « y » car cela créera inévitablement des tiraillements très complexes à gérer dans la tête et le cœur de l’enfant ». D’accord ou pas avec elle, on peut facilement imaginer quand même, que l’enfant va vouloir être parfois, de religion « x » pour faire plaisir à son père et de religion « y » pour faire plaisir à sa mère avant que cela ne devienne son vrai choix. De fait, les vrais choix se font vers l’adolescence, quand le cerveau et le cœur de l’enfant sont arrivés à maturité.

Et Isabelle Lévy souligne ce fait « Dans les couples mixtes, une seule religion doit être enseignée à l’enfant afin qu’il ait des repères solides sans ambivalence pour se construire. En effet, à l’adolescence, l’enfant peut se radicaliser assez vite s’il découvre brutalement une religion. Cela peut être le cas s’il n’y a pas eu un accompagnement et un apprentissage progressif dans l’enfance nécessaire à bien intégrer et comprendre la religion ».

Education et croyances religieuses

Dans les couples croyants non pratiquants ou athées, la question pourra se poser aussi plus tard lorsque l’enfant côtoiera des enfants croyants. Une amie, mère célibataire, de tradition catholique non pratiquante, me témoignait un jour que son fils de 7 ans, était revenu de l’école un jour en lui demandant : « Maman, est-ce qu’on est musulmans nous ? ». Elle lui avait répondu alors très naturellement « Non mon chéri, nous sommes chrétiens ». Et il lui avait répondu « Ah bon ? OK  mais, alors pourquoi on ne va pas à l’église ? ».
Au bout du troisième soir où il revenait avec cette même question, cette amie a compris la logique dans la tête de son fils et qu’il lui fallait aller au bout de sa logique à son tour. Puisqu’elle lui avait dit qu’il était chrétien, il lui fallait donc l’emmener à l’église. De fait, les enfants ont besoin de cette logique pour grandir. Après cette éducation religieuse, il choisira un jour de vivre « en » chrétien ou non. Bref, là aussi, on comprend l’importance de l’accompagnement et apprentissage progressif nécessaires concernant la religion dans l’éducation de nos enfants.

 

Sans oublier que lorsqu’une religion est présente dans le cœur d’un parent, elle va se traduire par des éléments concrets du quotidien de la famille et donc des enfants : les pratiques des cultes, les paroles et histoires racontées, des objets exposés dans la maison, des fêtes à suivre, des plats traditionnels et l’ensemble des traditions qui peuvent être liées à une religion… La foi a beau être intime, il faut bien reconnaître qu’elle ordonne le quotidien et la manière de vivre donc elle a des conséquences sur nos enfants.

Elever son enfant dans une religion ne veut pas dire le « forcer » à croire

C’est d’abord lui montrer, lui expliquer la foi qui anime le cœur et les actes du ou des parents croyants. Elever son enfant dans une religion, c’est aussi lui dire que chacun est libre de croire, que ceci ne concerne que lui et sa relation personnelle à la foi. Comme on voudra lui partager une passion et tout ce qu’elle nous procure, l’enfant a besoin qu’on lui montre et ce n’est pas du formatage car le formatage n’inclut pas un vrai choix à poser plus tard.

Transmettre une croyance, c’est d’abord lui montrer ce qu’on vit et que lorsqu’il sera prêt et mâture, il pourra en faire ce qu’il veut. C’est ce qu’on souhaite à chacun de nos enfants. Non pas qu’il se rebelle ni qu’il nous copie, mais qu’il fasse leurs vrais choix en conscience et surtout en connaissance de cause puisque cela nous donne tant de joie et tant de force. Alors donnons leur cette bonne connaissance de la religion pour qu’il puisse choisir librement. Le choix de croire ou non est quand même, l’un des choix les plus importants dans une vie car il ordonne notre pensée et notre quotidien. Comme un métier, je crois aussi qu’il ne peut se faire qu’après un apprentissage, une éducation à la religion claire et libre.

 

Marie-Gabrielle GERARD
© Crédit photo MAMAN VOGUE

À lire aussi :

Education positive ou parentalité affirmée ? Merci Charlotte Uvira de répondre à nos questions !

Je ne me sens pas libre de choisir la méthode d’ éducation que je souhaite

Education : Est-il bon de faire perdurer le mythe du Père Noël ?