Devenir Maman ou le sentiment d’une responsabilité trop lourde à porter

Devenir Maman ou le sentiment d’une responsabilité trop lourde à porter

Je me suis mariée en août 2016. Avec mon mari nous souhaitions attendre un peu avant d’avoir un bébé car je passais l’agrégation cette année-là et je ne voulais pas être empêchée de participer aux épreuves à cause d’une grossesse trop avancée. Bébé est arrivé un peu plus tard que nos « calculs » (nous pratiquons la méthode Billings pour la régulation naturelle des naissances, ce qui nous permettait de cibler le moment de l’ovulation), mais assez rapidement quand même. Un début de grossesse de rêve, très peu de nausée, de la fatigue mais je n’avais pas encore repris le travail donc j’ai pu me reposer. Le deuxième trimestre a coïncidé avec la rentrée scolaire 2017 et ma reprise de travail dans un nouvel établissement (je suis professeur d’histoire-géographie en collège). La suite de la grossesse a été plus compliquée, avec des soupçons de diabète gestationnel (jamais vraiment confirmés mais j’ai quand même dû vérifier mes taux de sucre et suivre un régime) et surtout beaucoup de fatigue due au travail. Un peu d’anémie et du fer sont venus accompagner la fin du deuxième trimestre.

Mon congé commençait officiellement au milieu des vacances de Noël pour un accouchement prévu mi-février. J’ai donc quitté le travail le 23 décembre, en prévoyant les cours de préparation à la naissance en janvier.

Mais les choses se sont précipitées. A cause entre autres des effets secondaires du fer, j’ai fait une crise d’appendicite début janvier et j’ai dû être opérée. Comme j’étais toujours enceinte, j’étais dans le service maternité de l’hôpital ; quelques heures avant l’opération la sage-femme a demandé à mon mari de rapporter les affaires de Bébé car il était possible qu’on me fasse une césarienne avant de retirer l’appendice. Finalement ça n’a pas été le cas et je suis rentrée chez moi, en convalescence, le 9 janvier, bien décidée à profiter au maximum de mon congé prénatal pour me préparer à la naissance. Mais au début de la semaine suivante j’ ai commencé à avoir des contractions. Après deux allers-retours à la maternité, j’ai finalement été admise le mercredi matin. Notre fille est née le soir, 17 janvier 2018. Pas besoin de césarienne, mais il a fallu utiliser les forceps car sa tête était coincée. Nous avons eu la chance de tomber sur une sage-femme vraiment adorable, à l’écoute, et un obstétricien très compétent.

Et voilà notre bébé, notre premier enfant est là alors qu’on l’attendait trois semaines plus tard … Un petit poids mais née juste après la limite pour ne pas être prématurée…

J’ai choisi d’allaiter et j’ai été bien accompagnée par l’équipe de la maternité qui est vraiment au top (Il s’agit de l’hôpital de Saint-Nazaire).

J’ai vite eu le sentiment d’une très lourde responsabilité, et surtout qui me tombait dessus trop vite ! j’avais travaillé jusqu’à trois semaines avant la naissance, une période très chargée pour les profs avec les conseils de classe (j’étais professeur principal et enseignait dans six classes en tout) et les réunions de parents le soir ; je pensais profiter de mon congé prénatal pour faire la préparation à la naissance (finalement, je n’aurai eu qu’un cours), préparer l’arrivée matérielle de Bébé (même si nous avions déjà récupéré certaines choses auprès d’amis), me reposer … et finalement, l’appendicite a précipité les choses. Le retour à la maison s’est pourtant bien passé au début, grâce notamment à la présence de ma mère et de ma sœur qui m’ont déchargée de toute la gestion de la maison pendant une bonne semaine, et aux visites de la sage-femme (elle aussi vraiment adorable). Mais les choses ont dégénéré avec les rendez-vous de médecins : pendant les deux premiers mois de ma fille, j’en avais un ou deux par semaine pour contrôler son poids. Certes elle n’était pas très grosse à la naissance (2,5 kg), mais nous avons eu beaucoup de discours angoissants de la part de notre médecin. J’ai su plus tard que peu de ses patientes faisaient le choix d’allaiter, et que par conséquent elle tenait à ce que les allaitements soient vraiment impeccables, en les surveillant de très près. Rendez-vous de médecin, à la PMI pour contrôler son poids ; deux rendez-vous aux urgences pour contrôler une prise de poids un peu lente (finalement due à un ictère au lait de mère, donc quelque chose de normal pour un bébé allaité !), et des paroles culpabilisantes des médecins…

J’étais plus ou moins au fond du trou pendant ce temps, à me demander ce que je faisais de mal pour que mon bébé ne grossisse pas bien, à vérifier sa respiration (j’avais eu le droit aussi à beaucoup d’histoires sur la mort subite du nourrisson de la part de mon médecin) … et parfois je voulais juste partir, loin, seule, pour que tout cela s’arrête. Et pourtant j’aime mon bébé … j’étais complètement perdue. Pourtant je savais qu’au bout d’un moment, elle ferait ses nuits, n’aurait plus de coliques et grossirait bien … mais cela faisait trop d’un coup. Je ne m’étais pas assez préparée, encore aujourd’hui j’ai l’impression que l’on m’a volé cette fin de grossesse. Je pensais même faire une dépression post-partum, et pourtant il y avait bien des moments où tout allait bien …

Mon mari a été présent même s’il a pu être dérouté par certaines de mes réactions. Au fil du temps, nous avons trouvé un rythme, il a pris en charge la petite pour que je puisse retrouver du temps pour moi. Par ailleurs, elle a commencé à faire de vraies siestes, puis ses nuits, ce qui nous a permis de nous reposer.

Petit à petit les choses ont commencé à aller mieux. Au bout de deux mois j’ai été libérée de l’angoisse du poids (remplacée un temps par l’angoisse de la mort du nourrisson, mais aidée par mon mari et ma super sage-femme, j’ai pu prendre du recul). Le baptême de notre petite a été l’occasion de se réjouir, puis les vacances en famille (mon mari a pris son congé paternité trois mois après la naissance pour permettre un temps en famille à l’occasion du mariage civil de ma sœur) ont permis de souffler un peu. Petit à petit nous prenions le rythme et aujourd’hui, même si j’ai des moments de ras-le-bol, ils sont beaucoup moins fréquents et je suis plus à même de prendre du recul.

J’ai été aidée par mon mari qui a su me redonner du temps pour moi, car j’avais tendance à tout prendre sur moi pour assumer seule la petite et la maison (je suis toujours en congé parental actuellement). Par ma super sage-femme que je voyais pour la rééducation du périnée (pas très glamour j’en conviens) et qui a en plus apaisé mes peurs liées aux visites très fréquentes chez le médecin. Enfin, alors que notre fille avait 5 mois, j’ai découvert le livre Au secours, je me noie ! Comprendre et éviter le burn-out maternel d’Axelle Trillard. Je m’y suis retrouvée : ce que je prenais pour une dépression post-partum était sans doute plus proche d’un « pré-burn-out ». Pouvoir mettre des mots sur ce que je vivais, et surtout avoir des solutions pour le résoudre, m’ont beaucoup aidée à avancer. Enfin, côté médecin, je prends maintenant rendez-vous en ligne et m’assure que j’aurai rendez-vous soit avec un remplaçant soit avec un interne car je ne suis pas encore prête à revoir ce médecin. Mon mari, quand il le peut, m’accompagne aux rendez-vous médicaux de notre petite pour entendre ce qui se dit et m’aider à prendre du recul.

Si j’avais un conseil à donner ce serait : faites-vous confiance car c’est VOUS la maman, c’est VOUS qui savez comment vous vous sentez et qui êtes avec votre bébé H24. Dites-vous aussi que ça n’a qu’un temps, que les mauvais moments passeront mais la joie d’avoir un enfant restera. Avec un peu d’humour, nous nous disions avec mon mari, quand notre bébé n’arrivait à dormir la nuit que si elle était sur moi, qu’il fallait profiter de ces moments où elle était un peu « pot de colle » car lorsqu’elle ferait sa crise d’ado, elle ne nous écouterait même plus ! L’humour nous a aidés à tenir le coup aussi.

N’hésitez pas à demander de l’aide ; et comme c’est compliqué, si vous êtes maman d’enfants plus âgés mais qu’il y a une jeune maman dans votre entourage, proposez-lui votre aide spontanément. Ça m’est arrivé de le faire car j’aurais tellement voulu qu’on le fasse pour moi …

Anne-Françoise

Crédit photo : @annalandstedt