Des OUI et des NON qui font grandir

Des OUI et des NON qui font grandir

Qui n’a jamais entendu sa vieille bique de grande tante dire « Oh, mais que tu es laxiste avec tes enfants ! » ou, au contraire, murmurer dans votre dos « Décidément, elle est bien sévère avec ses petits bouts ! » ? Nous ne sommes jamais parfaites, ni dans notre propre regard, ni dans celui des autres ; pourtant une chose est sûre : nous faisons de notre mieux pour nos enfants. Et s’il est une chose importante à retenir dans le fait d’ÉDUQUER un enfant, c’est que nous sommes seules à même de savoir quelles sont les limites que nous pouvons fixer à nos propres enfants et, inversement, les libertés que nous pouvons leur accorder.

Chaque famille a ses codes, ses mœurs, ses habitudes et ses petites règles, chaque enfant reçoit une éducation qui lui est propre car, oui, en fonction de nos enfants l’éducation que nous donnons varie, s’adapte et s’accorde à son caractère. Et pourtant, pour chacun de nos enfants, deux mots reviennent : oui et non.

OUI, tu peux.

NON, tu ne peux pas.

Dans ma famille on répète souvent « À trois ans, l’enfant est éduqué ». Tiens, ça aussi, c’est bien une phrase de vieille tante me direz-vous… Eh bien, oui ! C’est en effet une phrase que j’ai entendue dire par mes aînées et je la trouve formidablement juste ! Bien sûr, à trois ans mon enfant est loin d’avoir tout vécu et la route sinueuse de son éducation est encore longue, pleine d’embûches, de belles prouesses et de nobles promesses ! Heureusement, notre rôle de parent ne s’arrête pas à sa troisième bougie et nous avons encore un long chemin devant nous pour faire de lui un homme ou une femme adulte épanoui(e). N’empêche qu’à trois ans, les bases sont là, bien ancrées en lui.

Les premières années de vie sont primordiales car c’est à ce moment-là que l’enfant va développer son cerveau. Chacun à leur rythme, nos petits bouts de 0-3 ans vont s’éveiller, affermir leurs sens (toucher, goût, odorat, ouïe, vue), exalter leurs capacités (physiques et mentales) et organiser toutes ces nouvelles connaissances, guidés par leurs parents. À ce moment-là, tout ce que nous leur disons, tout ce que nous leur autorisons ou interdisons à un sens. Tout cela va guider la construction de leur personnalité. Ce sera la base de leur éducation, celle sur laquelle ils s’appuieront tout le reste de leur vie, parfois inconsciemment.

Dès lors, il est primordial de les accompagner du mieux possible et de leur inculquer les « bons OUI » et les « bons NON » en s’appuyant sur leurs propres capacités.

Les bons OUI

  • Les OUI qui encouragent

« Oui, bravo mon chéri, tu peux y arriver », « Oui, tu peux essayer de monter là-dessus, je crois que tu réussiras », « Oui, tu peux goûter, n’aie pas peur », « Oui, tu peux t’essuyer tout seul, je te fais confiance », …

Encourager son enfant, c’est lui donner sa confiance et le rendre autonome. Un enfant qui se sent en confiance est prêt à réaliser de merveilleuses prouesses car il se sent soutenu et aimé, il se sent capable. Par ces encouragements, notre enfant va pouvoir prendre conscience, seul, de ses propres capacités. Il peut y arriver, il peut aussi se tromper ou se rater, mais s’il voit dans nos yeux, s’il lit dans nos cœurs, s’il entend dans notre bouche ce OUI d’encouragement, alors il finira par y arriver. Il aura grandi. C’est une force qu’il puise en nous, par un simple mot : OUI.

  • Les OUI qui responsabilisent

« Oui, tu peux ranger ton assiette seul », « Oui, tu peux porter ce sac pour aider Maman », « Oui, tu peux aller chercher la boîte à crayon », « Oui, tu peux t’habiller seul », …

En responsabilisant notre enfant, nous lui donnons de l’importance, une place, une stature dont il a besoin. Il est un être à part entière de notre famille, il a SA place, SON rôle à jouer et nous avons BESOIN de lui. Un enfant a besoin de responsabilités, aussi minimes soient-elles. Elles participent à son autonomie et contribuent à le faire grandir en apprenant le sens du devoir et du service, simplement.

  • Les OUI qui épanouissent

« Oui, Papa et Maman t’aiment », « Oui, je sais que tu en es capable », « Oui, je te fais confiance », « Oui, j’ai vu comme tu es doué », « Oui, tu as été très sage », …

Donner son OUI à quelqu’un est une grande preuve d’amour : il n’y a pas de petit OUI lorsqu’une mère parle à son enfant. Aux yeux de nos touts-petits ces paroles ont valeur de trésor et contribuent à l’estime qu’ils ont d’eux-mêmes. C’est en montrant à notre enfant l’importance qu’il a pour nous, en lui faisant comprendre la place qu’il tient dans notre coeur et dans notre vie, en lui signifiant la fierté que nous avons à le regarder grandir, à l’accompagner sur ce chemin que nous lui permettons de s’aimer lui-même : critère indispensable pour qu’il soit heureux et qu’il ouvre, également, son coeur aux autres !

  • Les OUI qui façonnent

« Oui, tu peux choisir le jeu que tu veux faire », « Oui, tu peux préférer la couleur jaune », « Oui, tu as le droit de ne pas vouloir être ami avec lui », « Oui, tu peux être fâché/triste/joyeux », …

Parfois, dire OUI, c’est simplement laisser son enfant être celui qu’il est. Chaque personne a ses propres préférences en matière de goûts, de couleurs, d’attachements. Même si ces préférences sont parfois radicalement opposées aux nôtres, il est important de montrer à notre enfant qu’il a son propre caractère, sa propre personnalité et qu’il est aimé tel qu’il est.

Les bons NON

  • Les NON qui différencient

« Non, tu ne peux dormir à la place de Papa », « Non, tu ne peux pas conduire la voiture », « Non, tu ne peux pas me parler de cette manière », « Non, tu ne peux pas venir avec nous », …

Il est des principes qu’il ne faut pas négliger et, parmi eux, celui qui nous rappelle la place que nous tenons : un enfant est un enfant, un adulte est un adulte. Donner sa juste place à un enfant, c’est lui donner le temps de se façonner, de grandir. Un enfant n’a pas la même maturité qu’un adulte, pas la même manière de penser, de réagir, de comprendre. Il ne peut pas entendre toutes les histoires, il ne peut pas participer à toutes les activités, il ne peut pas prendre la place d’un adulte. Un enfant n’est pas un adulte miniature : il a besoin de nos NON pour trouver sa place et prendre le temps de grandir.

  • Les NON qui accompagnent

« Non, tu ne peux pas aller dans la piscine sans tes brassards, tu ne sais pas nager », « Non, tu ne dois pas avoir peur des monstres, ils n’existent pas », « Non, tu ne peux plus voir Bon-Papa, il est mort », …

Accompagner notre enfant, c’est lui rappeler la réalité ; ne pas avoir peur de dire les mots justes, faire confiance en sa capacité à comprendre, le soutenir dans ses échecs, ses craintes ou ses angoisses. Pour cela, il est souvent nécessaire de dire NON pour que l’enfant assimile et accepte la vérité. Bien sur, puisqu’un enfant n’est qu’un enfant, il n’est pas toujours nécessaire de dire toute la vérité, il faut respecter les limites de sa compréhension et de son entendement, mais il est bon de spécifier la nature des choses, de prendre le temps de s’arrêter pour expliquer une situation qui n’est pas forcément logique pour lui, de l’accompagner dans son développement physique et psychique.

  • Les NON qui légifèrent

« Non, tu ne peux pas frapper », « Non, tu ne peux pas prendre ce jouet à ton ami », « Non, tu ne peux pas traverser la route », « Non, tu ne peux pas manger avec les doigts », …

Un enfant a besoin de règles et de limites d’abord parce qu’elles lui apportent une réelle sécurité. Sachant ce qu’il peut faire ou ne pas faire, il agit avec plus de tranquillité et de sérénité, cela lui permet de s’intégrer pleinement à son environnement en suivant une certaine « routine des règles ». Dire NON fermement à certaines choses, c’est aussi le moyen de responsabiliser l’enfant en lui faisant distinguer ce qui est bien et ce qui est mal. L’éducation de nos enfants a pour but, à termes, de faire d’eux des adultes épanouis, aimants, intégrés et heureux dans la société : il est crucial d’en connaître les lois et cela commence avec les règles de vie de la maison.

Ernest Legouvé disait « Élever un enfant, c’est lui apprendre à se passer de nous » … en effet, notre rôle de parent consiste à donner à nos enfants les clés nécessaires à leur accomplissement ; à nous de choisir les bonnes clés …

Anne-Victoire G.

crédit photo : @Artur Aldyrkhanov