Dépression post partum – « Je ne vais jamais y arriver »

Dépression post partum – « Je ne vais jamais y arriver »

Première grossesse, désirée et accueillie avec joie, une grossesse facile, quasi idéale, pas de nausées, une forme olympique. J’ai eu un accouchement facile aussi, merci la péridurale !

Et puis, très vite, les difficultés sont arrivées…

« Je me suis sentie paniquée, complètement dépassée »

Cela a commencé par un allaitement compliqué, mon bébé refusait de boire, c’était la bataille pour lui faire prendre mon sein.
Dès le deuxième jour après la naissance, je faisais des insomnies, et j’avais très peu d’appétit. Ce fameux deuxième jour, après une énième lutte pour mettre ma fille au sein, elle s’est mise à pleurer sans s’arrêter et d’un seul coup je me suis sentie paniquée, complètement dépassée et là j’ai pensé « je n’y arriverais jamais ».

En rentrant de la maternité, me sentant si secouée je suis allée voir une psychologue qui m’a certifié que je n’étais pas du tout dans la sphère de la dépression. En effet l’idée de la dépression post partum me trottait dans la tête, mais j’avais très peur de ça, du côté dépressif, de la psychiatrie, des médicaments, pour moi cela signifiait « fin de la vie normale ». J’étais donc très rassurée de son constat.

Malgré tout le mal-être continuait, je ne dormais pas, me forçais à manger, je paniquais pour tout et pour rien : quand elle pleurait, quand elle dormait, quand elle ne dormait pas, je me sentais oppressée, prisonnière de mon bébé, j’enviais mon mari qui allait travailler, j’avais la sensation que ma vie était finie…

Certaines nuits, complètement effrayée, je réveillais mon mari en lui disant  » je suis tellement nulle, je ne vais pas réussir » et il essayait tant bien que mal de me tranquilliser.

Cela ne correspondait pas du tout à ce que j’avais imaginé : je pensais que tout serait simple, que j’avais ça dans le sang, et surtout que je serais heureuse ! Pourquoi je ressentais tout ça ?

« J’avais tellement peur de faire du mal à mon enfant « 

Mon mari devant partir pour une longue mission, j’ai demandé de l’aide à ma famille, qui a répondu présente. Merci chère famille !  

J’ai quand même eu des moments de répit, j’étais emplie d’amour pour ma fille, attendrie et émue de la voir si petite et si douce. Les moments à deux étaient très tendres.

Mais le mal être continuait : certaines nuits, ne dormant toujours pas, le ventre noué je me répétais  » je ne vais jamais y arriver, je suis nulle, je ne mérite pas mon bébé » l’angoisse me transperçait de part en part. Cependant j’espérais toujours que ça finirait par passer.
Jusqu’à cette nuit où je me suis sentie tellement angoissée, j’avais tellement peur de faire du mal à mon enfant que j’ai pensé très sérieusement « il faut que je parte, je vais fuir, c’est mieux pour elle ».

depression apres accouchement - maman vogue

 « j’étais presque soulagée de baisser la garde »

J’ai quand même choisi d’en parler à ma mère, pour partager ma peur. Elle m’avait soutenue pendant 3 semaines, et m’avait vue pleurer et m’inquiéter pour un rien; elle m’a écoutée, je la sentais très soucieuse, puis elle m’a dit : « Tu ne vas vraiment pas bien, tu fais une dépression, maintenant il faut que tu te soignes « . La douche froide.

Mais j’étais presque soulagée de baisser la garde et de reconnaître enfin que je n’allais pas bien. Alors nous avons pris la décision d’aller en consultation aux urgences psychiatriques. Mon bébé avait 1 mois et demi.
Aux urgences, le psychiatre n’a pas voulu me laisser repartir, et j’ai été plus ou moins contrainte de rester dans le service. Ce qui signifiait être séparée de ma fille. Cela a été très dur, brutal, violent, un vrai cauchemar.

On ne m’informait pas exactement sur ce que j’avais, on ne pouvait pas me dire quand j’allais sortir, ni me rassurer sur tout ce que je pensais : est ce qu’ils me séparaient de mon bébé parce que j’étais dangereuse pour elle ? Est ce que j’étais folle ?

Un soutien sans faille

Dans cette nuit si sombre, une belle lumière : ma famille et mes amis. J’étais celle du service qui avait le plus de visites, mes parents et beaux parents se relayaient, ma mère a pris complètement en charge ma fille et ainsi j’ai pu la voir tous les jours; on m’apportait des cadeaux, j’ai reçu des fleurs (deux fois, une première dans le service ! ) des petits mots affectueux, du chocolat, des bonbons… On venait me voir à la sortie du travail, on faisait des allers-retours à Paris, chacun prenait sur son temps en famille pour venir me soutenir … une vraie grâce !

Et puis j’ai aussi fait la connaissance des autres patients, touchants, humains, et attentionnés. Cela a été une vraie source de réconfort.
Je suis restée 3 semaines dans ce service, pour être ensuite dirigée vers un service de mère-enfant. Et ce fut la résurrection pour moi !

Mon mari est rentré plus tôt de sa mission, j‘ai enfin pu m’appuyer sur lui pour me reconstruire.

J’y ai retrouvé ma fille, et j’ai été prise en charge par une équipe extraordinaire, aux petits soins, à l’écoute, qui ne m’a jamais jugée, qui m’a aidée à chaque instant, et qui m’a expliqué dès le premier jour que tout ce que je traversais était les symptômes de la dépression post partum . Enfin un diagnostic !

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Etre une bonne mère, avec mes limites et mes forces

J’ai appris à lâcher prise, et à éloigner de moi tout cet idéal de mère exemplaire que je m’étais construit. J’ai repris des couleurs, du poids et retrouvé le sommeil.
Et surtout j’ai réussi à m’occuper de ma fille sans avoir de boules au ventre, j’ai réussi à me faire confiance, à lui faire confiance et à croire que j’étais une bonne mère, non pas parfaite, mais la mère que je pouvais être, avec mes limites et mes forces.

Ce passage dans l’institut mère-enfant a été salvateur pour moi.

Aujourd’hui ma petite fille grandit sereinement, gazouille et gigote partout. C’est un vrai bonheur de l’avoir à mes côtés. Je me sens pleinement mère et épanouie de l’être. La vie normale a repris ses droits.

Au début j’étais envahie par la honte et je ne voulais surtout pas en parler. Puis peu à peu, j’ai compris que la parole serait cathartique et que cela ne me servait à rien de cacher les choses telles qu’elles étaient.
Peut-être les mamans qui m’entourent sont-elles désemparées face à ce que j’ai vécu, ce que je comprends très bien, mais si je peux en aider certaines à déculpabiliser, et si j’arrive à faire connaître un peu plus la dépression post partum , alors tant mieux.

A retenir : une naissance est un évènement certes merveilleux, mais aussi bouleversant et si on sent noyé par le doute et la peur il faut en parler, ne pas garder ses tristes pensées pour soi et surtout bien garder en tête que rien n’est définitif, tout finit par s’arranger si on se fait aider.

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©photo Annaclick

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