De l’importance d’établir un cadre fixe à ses enfants

De l’importance d’établir un cadre fixe à ses enfants

« Mamaaaaan, c’est injuste ! Camille a demandé un chien à ses parents et eux, ils ont dit oui ! » « Comment, vous refusez un cinéma à votre fils alors qu’il a eu une bonne note à son dernier devoir ? » « Pourquoi est-ce que ma cousine a le droit de ne pas faire la sieste alors que vous m’y obligez et que j’ai le même âge qu’elle ? » « Oh vous savez, il vaut souvent mieux céder à un caprice pour éviter une colère qui durerait une demi-heure… »

Il est parfois difficile de ne pas céder à un enfant, d’autant plus lorsque les parents d’à-côté répondent positivement à tous les désirs de leur progéniture. Poussés à outrance, ces exemples montreraient même des enfants rois. Votre manière de faire n’est pas forcément meilleure que la leur ou inversement, là n’est pas la question. Elle est simplement différente, et cela peut être difficile à comprendre pour un enfant – comme c’est souvent usant pour ses parents –.

Paul ne veut pas finir son assiette car il n’aime pas les carottes ? Oh et puis après tout, pourquoi chercher à absolument se battre ? Idem, pourquoi finalement ne pas offrir à Clémence le sac  dont elle me parle depuis 1 semaine ? Bien souvent, tout est une question de limite. Les enfants ont besoin de repères fixes pour grandir, de savoir reconnaître le cadre précis dans lequel ils peuvent évoluer en tant, justement, qu’enfants.

Mesurée, la frustration les rendra plus forts – même si ça n’est que plus tard qu’ils comprendront le pourquoi du comment. Je sais aujourd’hui pourquoi mes parents m’ont interdit d’avoir un téléphone portable jusqu’à mes 17 ans. Même si j’en étais très très frustrée, énervée, stigmatisée (mais vous ne vous rendez pas compte de la honte, je suis la seule du lycée !) et que je leur en ai voulu de tout mon cœur, désormais je les en remercie. Cela m’a permis de vivre une adolescence relativement insouciante, en tout cas de ne pas basculer dans le monde adulte trop vite.

Il incombe justement aux parents de permettre à leurs enfants de rester dans le cadre qui correspond à leur tranche de vie.

Les jeunes de 14 ans qui s’affichent en permanence sur les réseaux sociaux et enchaînent les amourettes virtuelles vivent-ils vraiment la vie normale d’une fille ou d’un garçon de leur âge ? Pourquoi accepter que nos enfants plongent si vite dans le monde adulte ?

Là encore, la mesure est de rigueur… cela ne veut pas forcément dire que faire vivre nos bambins dans un monde parallèle où ils ne connaissent même pas l’existence d’internet (par exemple) est forcément une bonne chose. S’il faut certainement faire connaître à nos enfants le monde dans lequel ils vivent, il est de notre devoir de les y accompagner.

Céder au moindre caprice, offrir tout ce qui est souhaité, chercher à tout prix à éviter la frustration peut être contreproductif à long terme. Que deviendra un enfant qui n’a jamais connu le refus lorsque son premier entretien d’embauche lui apportera une réponse négative ? Quid de celui qui a toujours obtenu les objets de ses désirs et qui, à 25 ans, n’aura pas forcément les moyens de vivre tous ses rêves ?

Rien ne tombe du ciel et les enfants, comme n’importe quels êtres humains, doivent être formés pour l’apprendre. Ils doivent savoir rester à leur place d’enfant, d’adolescent, puis d’étudiant redevable à ses parents et de salarié, au risque de passer leur vie à être frustrés. Tout était si facile avant, pourquoi ne serait-ce tout-à-coup plus le cas ?

Le cadre éducatif de chaque famille est différent, aucune recette toute faite n’est à partager (désolée !) et le vôtre, comme le mien, ne sera jamais parfait. Trop strict, pas assez, laxiste ou très autoritaire, l’important est de garder à l’esprit que ces règles fixes au milieu duquel votre enfant évolue sont pensées à long terme. Elles doivent lui permettre de devenir un enfant puis un adulte accompli, épanoui, ouvert et intelligent. Le cadre imposé et réfléchi n’exclut pas l’amour, il ne fait pas des parents des tyrans, en rien. Il est pédagogique et éducatif.

Alors on tâtonne, on fatigue, on s’en veut parfois, on ne réfléchit pas assez, on cède trop, on se trompe et on réessaie mais on aime toujours nos enfants donc on n’abandonne jamais !

Estelle de Fougerolle

©Photo : @Blue Cicada Photography x Madeleine Versailles pour MAMAN VOGUE