Comment assumer sa place dans la fratrie?

Comment assumer sa place dans la fratrie?

Comment assumer sa place dans la fratrie?

Aîné d’une famille nombreuse, ou petite dernier d’une fratrie, enfant unique, ou jumeau d’un autre enfant, frère ou sœur d’un enfant handicapé qui est pourtant notre aîné… Notre place dans la fratrie nous a construit durant toute notre enfance.

Parfois, cela a été synonyme d’une grande joie et la complicité avec les frères et sœurs aura été une évidence. Pour d’autres, ce fut un long chemin d’acceptation et parfois, la place que la vie aura choisie pour nous sera plus dure à assumer, et cela, tout au long de la vie…

Comment enfin assumer cette place qui fut et est la nôtre ?

Une place parfois source de rancoeurs

Chaque individu, quel que soit son âge, cultive dans son enfance une part de regret face à son passé, et une part d’appréhension face à son avenir. Et les frères et sœurs, plus jeunes ou plus âgés, matérialisent parfaitement ce passé et cet avenir car ils n’en sont pas au même stade de la vie que nous. Ces écarts peuvent être à l’origine de jalousies et de rancoeurs qui ne disparaissent pas, même à l’âge adulte.

« Moi, quand j’étais petit, je n’avais pas d’argent de poche. J’ai du me battre pour gagner un peu d’argent. Alors que mes parents ont tout offert à mon petit frère qui, lui, était bien plus gâté que moi… »

« Les parents ne voulaient jamais que je sorte avec des amies, sous prétexte que j’étais une fille. Mais mon frère, au même âge, avait tous les droits… »

« Comme j’étais l’aînée, je devais toujours montrer l’exemple. Et quand il y avait une dispute entre mon frère et moi, mes parents me tenaient toujours pour responsable, car j’étais la plus grande. Je détestais mon frère pour cela… »

« Je suis né douze ans après mes frères et soeurs. A dix ans, mon papa en avait plus de cinquante. Là où mes frères avaient joué au foot avec lui, je jouais au golf. Je souffrais d’être un enfant de « vieux » et de ne pas avoir de frères et soeurs avec qui jouer car ils avaient tous quitté la maison… »

Face à ces sentiments, O combien légitimes, il faut permettre à ces jalousies d’être extériorisées sur le moment, pendant l’enfance, pour éviter qu’elles ne le soient dix, vingt, voire trente ans après… Mais plus tard, il est toujours possible de le faire, et même nécessaire ! Combien de familles se réconcilient autour d’un lit de mort ? Combien de familles se déchirent suite à un héritage ? La jalousie creuse toujours plus un cœur blessé et ne s’arrête pas avec la majorité ou le départ du nid….

Une place qui nous construit

De ce que nous avons vécu enfant, nous gardons des désirs conscient et d’autres inconscients.

« Quand j’étais petite, j’étais fille unique. Je me suis tellement ennuyée que j’ai toujours désiré fonder une famille nombreuse », raconte une mère de onze enfants.

« Quand j’étais enfant, j’étais l’aînée de quatre garçons. Ma maman a toujours pu compter sur moi, mais elle m’en demandait tant que je n’ai pas profité de cette enfance trop exigeante. Je sais que je ne renouvellerai pas cette erreur avec ma fille… »

« J’ai un frère jumeau handicapé. Petit, je ne parlais jamais de lui. Ce n’est qu’à l’âge adulte que j’ai commencé à assumer, à en parler, et je me suis rendu compte que les gens ne me jugeaient pas. En fait, pendant toutes ces années, je me sentais responsable… Quoi qu’il arrive, j’apprendrai à mes enfants à ne pas avoir honte de leur famille.»

Plus inconsciemment, on observe que certaines femmes adoptent des comportements directement liés à la façon dont elles ont vécu dans leur enfance.

Certaines d’entre elles voient en leur mari le père aimant qu’elles auraient souhaité avoir. D’autres couvent leur enfant avec exagération car elles comblent le manque d’amour qu’elles ont ressenti enfant. D’autres encore, au contraire, imitent leur mère en tous points, de peur, même à trente ans, de la décevoir, redevenant inconsciemment l’enfant qu’elles ont pourtant cessé d’être…

Il faut accepter d’être un adulte, pardonner à ses parents s’il y a des pardons à donner, reconnaître que les êtres ont leur faiblesse. Nous n’avons pas choisi d’être l’aîné, ou de naître dix ans après les autres, ou d’être la seule fille… Mais nos parents ne l’ont pas choisi non plus et ont peut-être également souffert de la situation… Et parfois, l’aide d’un psychologue est nécessaire pour aller de l’avant !

En tant que parent : comment aider mes enfants ?

Si assumer sa place dans la fratrie n’est pas toujours facile pour un enfant, qui se sent parfois lésé, ou à l’inverse, étouffé, c’est bien le rôle des parents que de l’aider à vivre la situation. En effet, un enfant ne peut pas prendre seul le recul nécessaire pour cela…

Il convient de mettre l’accent sur les avantages de cette place, et non sur ses inconvénients.

Pour cela, les parents doivent bannir absolument tout type de vocabulaire trop fréquemment employé dans les familles : « Tu es l’aîné(e), c’est à toi de montrer l’exemple ! », « Tu es trop petit, tu n’as pas l’âge ! », ou encore « Regarde ton frère, il est plus jeune que toi et il y arrive bien, lui ! ».

La comparaison des enfants les uns par rapport aux autres n’apporte rien à personne, et c’est bien cette comparaison qui restera dans les mémoires et pourra être la source de souffrances mal cicatrisées à l’âge adulte.

L’enfant évolue dans une fratrie, certes, mais c’est bien de façon individuelle qu’il doit être éduqué, car il est un être unique avec des besoins qui lui sont propres !

Pour autant, les parents doivent vraiment veiller à faire preuve de justice. Et c’est toute la difficulté ! Il faut éduquer l’enfant en veillant à s’adapter à sa personnalité, et en même temps, il faut éviter l’injustice, que les frères et sœurs ne comprendraient pas et, dans les cas les plus graves, ne pardonneraient pas…

Plusieurs places mais une seule solution : l’amour.

La clé réside très probablement dans la bienveillance et la communication. Discuter avec un enfant, c’est lui permettre d’extérioriser ses questions, ses incompréhensions, ses peurs. Papa m’aime-t-il autant que les autres ? Maman me désirait-elle quand elle m’attendait ?

Car la vraie peur de tout être, cette peur viscérale qui nous dépasse et sur laquelle nous n’avons aucune emprise, c’est bien la peur de ne pas être aimée.

Ainsi, il est fondamental de montrer aux enfants à quel point ils sont aimés, quels qu’ils soient et quel que soit le moment où ils sont arrivés dans la famille.

Quelques livres…

Pour les tout-petits, Vous êtes tous mes préférés, de Sam McBratney traite parfaitement la question! C’est une très belle idée de cadeau de naissance pour les fratries !

Vous êtes tous mes préférés – Edition L’Ecole des Loisirs

Pour les enfants un tout petit peu plus grand, le livre de Catherine Dolto parle des fratries avec des mots simples et justes!

Frères et Soeur – Edition Gallimard

 

Et pour les adultes, Marcel Rufo propose un éclairage interessant sur la question complexe de la fraternité!

Frères et Soeur, une maladie d’amour – Edition Fayard

Maëlle Margail.

©Anais Eynard

A lire aussi:

Quand la jalousie menace l’équilibre familial

Et bien non, moi je ne ferai pas comme ma mère

Préparer ses enfants à accueillir un petit « tardillon »