C’est toi que j’attendais

C’est toi que j’attendais

Les deux traits bleus s’affichent, ne laissant aucune place au doute.
Je suis enceinte.
J’ai un mari et un petit garçon de quatre ans à qui annoncer la bonne nouvelle.
Je regarde le bâtonnet, ce bout de plastique qui me dit que ma vie ne sera bientôt plus jamais comme avant et je ne peux m’empêcher d’avoir cette pensée : j’aimerais tant que tu sois une fille.

Pourtant, je sais que les dés sont jetés. Même si tu fais à peine la taille d’un pépin de pomme.
Je ne pourrai pas changer le cours des choses.
Mais ai-je le droit de le dire? Ai-je seulement le droit de le penser?
Quand certaines rencontrent des difficultés pour avoir un enfant, peut-on faire la difficile ?

Pour ton frère, j’ai su à trois mois et demi de grossesse qu’il serait un garçon.
Il était le premier, je savais qu’il ne serait pas le seul, alors son sexe m’importait peu.
J’allais avoir un enfant, il ferait de moi une mère et c’était bien là le principal.
Pour toi, les choses sont différentes.
Tu me fais vivre ma deuxième et ma dernière grossesse.
Certaines disent qu’elles devinent le genre du bébé qui se cache au creux de leur ventre.
J’en suis bien incapable.
Je me refuse à
d’y penser, je me concentre sur les aspects techniques : choix de la maternité, suivi gynécologique.
Je ne sais pas si je veux connaître ton secret avant l’accouchement.
J’ai peur d’être déçue.
Et puis, je finis par me décider : je veux savoir. Comme ça, j’aurai le temps de me faire à l’idée, quelle qu’elle soit. Ce sera sûrement mieux.

Je m’interroge sur l’origine de ce désir de fille.
Est-ce que c’est pour reproduire un schéma familial ?
Pour revivre la relation que j’ai avec ma mère ?
Parce que j’ai e
deux sœurs ?
Pour voir si tu vas me ressembler ?
Pour combler mon envie de tresses africaines et de liberty ?

Je suis allongée sur la table d’auscultation et j’attends le verdict.
La gynécologue a dit qu’aujourd’hui, on pourrait savoir.
A condition que le bébé soit bien positionné, a-t-elle précisé.

-Vous voyez?, me demande-t-elle.
-Non, je ne vois rien.
-C’est bien cela, on ne voit rien : donc c’est une fille!

Aujourd’hui, j’en suis certaine : je t’aurais aimé tout aussi fort si tu avais été un garçon.
L’amour maternel n’a pas de genre, il dépasse la question du sexe.
Il n’empêche, je peux désormais le dire et l’assumer : tu es la petite fille que j’attendais.

Texte : @haut_les_nains

Crédit photo  : @sarahlexploratrice