« Ce jour où j’ai décidé de ne plus avoir d’enfants »

« Ce jour où j’ai décidé de ne plus avoir d’enfants »

Quand j’attendais ma 3e, c’était une évidence que mon désir d’enfant s’arrêterait après sa naissance. 3 grossesses, 3 menaces d’accouchement prématuré, 3 alitements, 3 angoisses. A une amie proche qui m’expliquait que selon elle, on voudrait toujours un enfant de plus, je m’entends encore claironner : « ah non, c’est certain, après sa naissance, je n’en voudrais pas d’autre ». Flashback.

Je n’ai pas la fibre maternelle instinctive. Je n’ai pas fait de baby-sittings quand j’étais adolescente. Je mets du temps à m’attacher aux gens, et je ne voyais pas en quoi cela serait différent lorsque mon premier enfant naitrait : un inconnu allait arriver dans ma vie, pourquoi l’aimerais-je d’emblée ?

Ma première grossesse s’est donc passée. J’ai été alitée à partir de 6 mois ½, puis il est né quasi à terme. Accouchement compliqué. Comme je le pressentais, j’ai été heureuse d’accueillir A., mais l’aimais-je ? Très sincèrement, non. J’étais attachée à lui, instinctivement, viscéralement, mais ce n’était pas de l’amour. Les mois ont passé, et cet amour maternel a éclos, doucement, intensément. Jusqu’à ce que ma maternité se révèle entièrement : comme je l’aime !

Au bout d’un an, le désir d’enfant est revenu.

J’ai eu la chance d’attendre R. rapidement. Alitement à partir de 5 mois ½, puis naissance en urgence à 7 mois ½. Un très bel accouchement cependant, j’en garde un souvenir ému. Quand on a posé R. sur mon ventre, à nouveau, j’ai senti cet attachement profond, mais pas encore d’amour. Le temps a fait son œuvre, j’ai découvert ce nouvel être et cette personnalité qui grandissaient, s’affirmaient. Mon amour pour lui s’est développé, lentement, sûrement. Comme je l’aime !

Les mois passent, vient ce moment où se dit : tiens tiens, on aimerait bien un petit 3e. Ce sera le dernier, sûr et certain, on n’a pas le désir de plus. Là encore, j’ai le bonheur d’être enceinte très rapidement (avouons-le, j’ai même été prise de court !). Alitement strict à partir de 4 mois, mon mari qui fatigue de semaine en semaine, l’organisation au poil entre école, nounou et babysits pour les bains. Finalement je porte I. quasi jusqu’à terme (quelle fierté, j’y suis arrivée !!). Elle nait en 9 minutes : un accouchement sans péridurale, violent et magnifique. On la pose sur mon ventre, et là, instinctivement, je ne sais pas pourquoi cela arrive maintenant, pour la première fois : je l’aime, profondément, viscéralement, violemment. Ma belle enfant, ma dernière, mon bébé.

Et depuis, toutes mes certitudes s’évanouissent. Un collaborateur m’annonce qu’il attend son premier. Il me partage son émotion à la première écho, ce cœur qu’il a entendu battre pour la première fois, les travaux qu’il va devoir faire dans sa maison pour accueillir ce petit être convenablement, les recherches de poussettes avec sa compagne. Et tout à coup je pense : ce n’est pas possible, ça ne peut pas être fini pour nous ? J’ai le sentiment de passer le relai, tout en luttant contre cela.

Et le travail de deuil démarre. Le deuil de la maternité, le deuil de l’accueil d’un nouvel enfant, le deuil de l’éclosion d’un nouvel amour, le deuil de la découverte d’une nouvelle personnalité.

On me dira que je ne suis pas forcée de le faire ce deuil. Pourquoi ne pas accepter d’avoir un 4e ? Parce que je pense que mon amie avait raison : on en voudra toujours un de plus, simplement pour prolonger cette étape si belle de nos vies. Parce que mon mari et moi travaillons tous les deux à temps plein. J’ai créé ma société, elle se développe, je suis passionnée par ce que je fais et je ne suis pas prête à ralentir pour le moment. Or nous avons fait des enfants pour nous en occuper et passer du temps avec chacun. Ce n’est déjà pas toujours simple de tout assumer au quotidien : trois fois plus de lessives, trois fois plus de risques de maladies hivernales, trois fois plus de risques de nuits interrompues par un cauchemar ou un doudou perdu, trois fois plus de rendez-vous médicaux, trois fois plus de carnaval à l’école.

Je me fais une raison également : je suis alitée de plus en plus tôt à chaque grossesse, ça deviendrait très compliqué pour mon mari d’assumer 3 enfants, même avec de l’aide, pendant cette période. Je n’ai pas envie de repasser par ces premières semaines de vie si fatigantes émotionnellement et physiquement. Egoïstement, je n’ai pas envie de voir mon corps se transformer de nouveau, de devoir attendre plus d’un an pour reprendre le sport.

Toutes les raisons sont là pour arrêter. Et pourtant… que c’est dur d’accepter que cette période si belle, cet aboutissement de la vie d’un couple, s’arrête ici. Notre rôle désormais est d’éduquer nos enfants, et de les laisser partir, un jour.

©Virginie Hamon photographe POUR MAMAN VOGUE 

©Freyia Photography POUR MAMAN VOGUE

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