« Attention, je compte jusqu’à trois… »

« Attention, je compte jusqu’à trois… »

« ….Ça fait 1, ça fait 2, et … 3 : gagné, file dans ta chambre ! »

C’est drôle, cette histoire de compter jusqu’à trois. Parmi mes amies, certaines ne jurent que par cela, d’autres trouvent ça inutile, ou ridicule, ou d’autres encore ne sont pas d’accord avec leur mari sur l’intérêt de la précieuse formule. Quant à moi, arrosée à cette rengaine quand j’étais petite, je la reproduis inconsciemment. Absolument persuadée, pourtant, d’émietter dans le vide autant de parcelles du peu d‘autorité qu’il me reste. Et c’est épuisant, à la longue. Mais pourquoi ? Aux Etats-Unis, je suis tombée sur une pépite, conseillée par une super thérapeute. Le livre du psychologue Thomas Phélan « 1-2-3 Magic ». J’en avais pourtant ingurgité, de soi-disant ouvrages miracles d’éducation parfaite. Celui-là n’est pas comme les autres. Et bonne nouvelle, ce best-seller existe en français.

Nous mélangeons souvent deux choses fondamentales….et c’est fatal

Compter est absolument inutile quand l’on veut inciter notre enfant à faire une bonne action, ou a bien se tenir. Pire, c’est comme si l’on se tirait une balle dans le pied. Compter ne devrait servir qu’à stopper tout comportement agaçant (se plaindre, geindre (celui-là…), se disputer, crier, réclamer etc.) Pour tout le reste et lorsque l’on aimerait que nos têtes blondes obéissent à une injonction positive (déshabille-toi pour prendre ton bain, je serai bien contente que tu sois un peu plus souriant,  peux-tu m’aider à débarrasser stp, as-tu fait tes devoirs, etc.) nous ne devrions mettre en place des stratégies d’incitation astucieuses, largement développées dans les manuels d’éducation positive. Le message est clair, extrême fermeté ET intense bienveillance.

Qu’a-t-il de mieux, ce livre ?

  • L’humour avec lequel l’auteur pointe du doigt les petites incohérences éducatives qui court-circuitent d’elles-mêmes notre autorité. Et parfois l’on ne s’en rend plus compte.
  • Le mariage, enfin, proclamé, de la fermeté et de l’éducation positive, ou tout au moins des moyens concrets de l’envisager dans la vie quotidienne. Entre le lire, le valider, et vraiment le mettre en pratique, il y a un univers.
  • Sa lecture fluide, ponctuée de mises en situation concrètes.
  • Le chemin que nous fait prendre le Dr Phelman. Méfiante, je soupçonnais une approche militaire, et puis, apaisée, j’ai eu un déclic.
  • Les résultats rapides constatés dans notre famille. Et j’en suis la première bénéficiaire ! Plus calme, je ne m’époumone plus toutes les 5 minutes. Moins tentateurs, les enfants tirent moins sur la corde. J’ai presque l’impression de les aimer plus (mieux).

Quand la discipline positive rencontre l’éducation ferme de nos grands-mères

Pour moi, ce livre fut une révélation, et j’ai été surprise de son efficacité. L’approche est la suivante : soyez intraitables sur les comportements agaçants de vos enfants, il en va de votre survie de (mère de) famille ; mais soyez ingénieux, motivants et extrêmement aimants lorsqu’il s’agit de promouvoir un comportement vertueux. A utiliser la menace en permanence, ou la sorte de chantage que peut représenter le 1-2-3 quand vous l’utilisez à mauvais escient, vous sabordez votre autorité, sapez votre énergie, et finissez par ne plus aimer passer de temps avec vos enfants. Le postulat de Thomas Phelan est de nous aider à économiser nos forces, à gagner en efficacité, et à ré-apprendre à nous réjouir d’un mercredi sans écoles ou d’un week-end sans mari.

Et à trois, que se passe-t-il ?

Là encore, point de démesure, mais justesse et fermeté… Et aussi une règle clef.

Après avoir compté suffisamment lentement pour laisser à l’enfant le temps de réagir, la règle est simple, un « time-out » d’une minute par année de vie. Soit un moment dans sa chambre de quatre minutes pour un 4 ans, cinq pour un 5ans et ainsi de suite. Choisissez un endroit qui marque le coup. Pour les plus grands, il y’ a d’autres manières de marquer le coup. Une fois le « time out » terminé, on n’en parle plus.

Règle d’or. Pendant que vous comptez, « no talking – no emotions ». Que nous pourrions traduire par “pas de discussion – pas de sentiments». Notre auto-sabordage vient systématiquement de notre engeance à parlementer, justifier en vain notre décision, tenter de raisonner ou négocier avec un petit être qui n’est qu’un enfant, et qui se noie lui aussi dans trop d’explications. Les exemples truculents du médecin nous font sourire par leur justesse. Car nous nous y perdons bien plus que ce que l’on croit. Depuis j’aime que mon mari repère discrètement toutes les fois où je m’embarque dans un discours inutile. Et vice-versa !

Bien sûr, aux plus petits, il convient d’expliquer les choses une première fois, clairement, avec bienveillance. Mais rapidement, les plus grands et ceux qui ont compris votre démarche (ou à qui vous avez déjà répété quinze fois la même chose) n’auront pas besoin de plus. Il est également essentiel de détecter un vrai besoin d’attention d’un caprice, d’écouter son enfant. Le Dr Phelan nous aide simplement à refaire surface quand nous perdons pieds et sommes épuisés de tant d’injonctions dans le vide. En fait, il nous aide à regagner crédibilité et confiance en nous.

Comment encourager les bons comportements ?

En bon américain, le Docteur Phelan propose un panel de ressources que nous sommes libres d’adapter à nos pratiques. En voici un trop bref aperçu. A vous de fouiller dans le livre !

  1. Encourager, encore et toujours
  2. Transmettre des consignes ultra simples
  3. Utiliser un minuteur de cuisine
  4. Mettre en place le Docking system : je peux le faire à ta place, moyennant rétribution
  5. Expliquer les conséquences naturelles
  6. Créer un tableau
  7. Compter seulement lors de cas bien spécifiques

N’oubliez pas de planter le décor

Cette démarche doit être clairement identifiée et expliquée au démarrage. Pour que cette approche fonctionne et que vos enfants adorés comprennent qui est le chef ici, il est évidemment important d’être en phase avec les autres acteurs de leur éducation. Prenez le temps d’expliquer brièvement à la maitresse, à la nounou ce que vous mettez en place à la maison.

A vos enfants n’hésitez pas à rendre cette démarche un peu solennelle. Rassemblez-les, à 2 si possible, ou avec la personne qui s’occupe d’eux, et expliquez calmement qu’à partir de maintenant, voilà comment se passeront les choses.

Et si…. ?

« Impossible, mon enfant ne reste jamais dans sa chambre, se met dans tous ses états ? Et s’il ne se met à coopérer que lorsque je commence à compter ? Est-ce adapté aux batailles des repas ? Au sommeil ? » Autant de questions très concrètes auxquelles répond l’auteur avec patience, et beaucoup de bon sens.

Patience et courage

Certains enfants prendrons le pli très vite, d’autres chercheront à vous tester intensément pendant plusieurs jours. Il faudra peut-être envoyer votre ainé dans sa chambre 10 fois le premier jour, 5 fois le deuxième jour… Un peu moins le 3e jour. Ça n’est pas drôle au début.  Et puis, si vous gardez le cap, quelques jours suffiront pour faire baisser d’un cran le niveau de tension de la maison.

Pour en savoir plus, c’est par là !

PS : pour les papas, il y a un DVD. Ne nous remerciez pas.

Photo ©Virginie Hamon pour MAMAN VOGUE

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Je ne me sens pas libre de choisir la méthode d’éducation que je souhaite

Charlotte de B

Consultante et rédactrice pour la presse généraliste, la curiosité de Charlotte n'a d'égal que sa gourmandise. Toujours à l'affut de portraits ou lectures inspirantes, conseils déco, mode ou bien-être, elle vous régalera d'idées adaptées aux mums comme aux tout-petits. Heureuse maman de 3 loupiots.