« À toi ma fille, tu es l’étoile qui brille sans cesse au-dessus de moi »

« À toi ma fille, tu es l’étoile qui brille sans cesse au-dessus de moi »

À ma fille

Marion,

Qui aurait cru un jour que je parviendrais à coucher tout cela sur le papier.

Ta naissance a été le plus beau jour de ma vie. Beaucoup vont me dire que c’est morbide de dire ça. Si tu savais comme maintenant je me fous des bien-pensants. Là où ces propos me détruisaient hier, ils me rendent plus forte aujourd’hui.

Avoir vécu les douleurs de l’accouchement n’est pas la pire chose. Ce qui a été l’enfer à l’état pur c’est de voir nos proches te nier totalement.

« Ce n’était pas un bébé », « Elle n’est pas vraiment née », « C’est pas grave tu en feras un autre », ou les si cruels, « Il te faut oublier », ou « Vous en ferez un autre ». Toutes ces phrases dites, alors que j’étais encore à la maternité, m’ont fait bien plus mal que d’accoucher de toi. Ton père et moi avons entendu ces mots si souvent que nous pouvions même les deviner avant même qu’ils ne soient prononcés. Nous avons préféré le silence de beaucoup aux paroles de certains.

T’avoir pris dans mes bras, t’avoir baptisé et t’avoir donné le prénom que nous avions choisi avant même de décider de faire un enfant, a fait de moi une vraie mère. N’en déplaise à ceux qui pensent encore le contraire. Seuls ton père et un de tes demis- frères m’ont immédiatement investi dans ce rôle. Aujourd’hui, je peux penser à toi sans pleurer. Et parler de toi sans m’effondrer.

Avec papa nous imaginons surtout la fillette que tu serais devenue si la vie ne nous avait pas fait ce croche-pied. Tu aurais fêté tes 13 ans cette année. Nous aurions donc une adolescente à la maison.

Aurais-tu hérité de mon hyperactivité ou de la force tranquille de ton père ? En repensant aux coups que tu m’offrais encore bien au chaud en moi, papa est convaincu qu’il aurait eu un mini-moi à gérer.

Te perdre a été le pire moment de ma vie, mais avec le recul je crois qu’il a fait de moi la femme que je suis devenue aujourd’hui. Plus forte, je ne sais pas, mais différente sûrement.

Je n’ai plus de désir d’enfant, mais je vivrai toujours avec le manque de toi. Ma rencontre avec toi a été un des plus beaux moments de mon existence.

Si toutes les mères se battent pour faire exister leurs enfants, je me bats pour ne pas que l’indifférence tue une nouvelle fois les anges qui veillent sur leurs parents endeuillés.

Marion, tu es l’étoile qui brille sans cesse au-dessus de moi.

Une maman

Livre « Mère malgré tout » Nelly Topscher et Sophie Leseure