A quel moment me suis-je sentie mère ?

A quel moment me suis-je sentie mère ?

A quel moment me suis-je sentie mère ?

L’amour maternel s’est dessiné au fur et à mesure de la grossesse, des semaines qui défilaient, du ventre qui s’arrondissait, des sensations de plus en plus concrètes de porter une petite vie.
Tout s’est mis en place délicatement, progressivement, même si cela restait de l’ordre de l’impalpable, du « pas encore tout à fait réel ».

Lors de l’accouchement, très vite je me sens envahie par un nouveau sentiment, quelque chose que je ne connais pas, que je n’ai jamais ressenti. Le premier regard de mon bébé. Je n’ai rien senti de plus profond que cette fraction de seconde où mes yeux rencontrent enfin les siens et s’y plongent. Un moment empreint d’émotion, la rencontre avec un bébé que l’on a couvé avec tendresse depuis des mois et dont pourtant on ne sait rien. Un bébé qui naît, c’est d’abord un bébé qui a été imaginé, rêvé, pensé dans la tête de ses parents, aimé avant tout. La naissance apporte alors soudainement un bébé réel, pas forcément celui auquel vous vous attendiez mais c’est le vôtre, celui que vous avez porté neuf mois durant, c’est enfin lui. Le voilà. Il est là. Et tout commence.

Quand ma fille naît, je me demande « Était-ce vraiment elle dans mon ventre ? Mais comment pouvait-elle y tenir ? Comment pouvait-elle y vivre, elle devait manquer de place, d’air ? Comment avons-nous pu créer cette si petite chose vivante ? ». Forte prise de conscience à cet instant de l’ampleur du miracle de la nature, du miracle de la Vie. Je ne pense pas qu’il existe au monde une émotion de bonheur plus forte que celle de la rencontre avec son nouveau-né.

Toutefois il arrive parfois que ce lien affectif ait quelques difficultés à se mettre en place chez certaines mamans. La naissance est un profond bouleversement et il ne faut pas oublier que l’attachement de la mère à son nouveau-né n’est pas toujours si inné, si instinctif ou si simple que l’on peut le penser. Je n’ai pas l’intention de débattre de la notion ou non d’instinct maternel mais une chose est sûre, la maternité se construit. Parfois le coup de foudre ne s’opère pas, il existe des mères qui ne ressentent pas d’amour absolu pour leur nouveau-né tout de suite après la naissance. Cela peut être dû à une naissance difficile ou à un nouveau-né qui ne correspond pas aux attentes que l’on s’en était fait. La déception, le stress et l’épuisement sont suffisants pour bloquer les effets de l’hormone de l’amour…temporairement.

La grande majorité des parents s’attacheront à leurs enfants dans les premiers mois de coexistence, c’est un apprentissage. Laissons à ces mamans le temps de s’apprivoiser et se laisser séduire par leur bébé. L’amour et l’attachement se développeront au fil des jours pour laisser entrevoir un lien affectif intense, une relation qui va s’amplifier et se solidifier avec le temps (…) Quoiqu’il en soit, lorsqu’elle survient l’émotion est indescriptible, la notion de maman prend tout son sens.

A cet instant je sais que je suis devenue une autre. Pas si différente mais plus jamais la même. Il y a eu l’avant et il y aura tout l’après. Avant je ne savais pas tout ça. Avant j’ignorais cet amour en moi. Avant je n’imaginais pas que l’on puisse aimer quelqu’un à ce point… 

 

Charline Jouint-Lesassier
Psychologue et maman de 3 enfants, auteur du livre « La Naissance d’une Mère »
(Editions Edilivre, mai 2016)

© Crédits photos Clarisse de Lauriston

Camille Le Goff

Psychologue clinicienne spécialisée dans la parentalité et la petite enfance.
Passionnée par mon métier, je reçois en cabinet des patients de tout âge, du nourrisson à l’adulte, en individuel ou en famille.

Je travaille également en crèche auprès des tout petits et des équipes encadrantes.

www.psychologue-legoff.fr