A l’école du confinement

A l’école du confinement

Au début du confinement, je jalousais beaucoup les gens qui restaient chez eux sans enfants, m’exaspérant même de tous les articles ou de toutes les bucket list « pour ne pas s’ennuyer ». Moi j’étais en congé parental, seule avec ma marmaille et mon mari qui assurait son 8h-22h de boulot depuis mon salon alors où est l’ennui ? A chaque nouvelle annonce de prolongation, une nouvelle vague de panique me submergeait, vais-je en être capable ? Vais-je me transformer en monstre ? Quels souvenirs mes enfants vont-ils garder de cette période ?… Pourtant, on s’en est sortis. Essentiellement grâce à nos enfants. Voici quelques leçons qu’ils m’ont données sans le savoir:

De la joie comme moteur

Les enfants se réjouissent d’un rien : un plat qu’ils adorent au menu, une chute inopinée qui devient une super blague, un petit câlin, une histoire, un camion-benne qui passe dans la rue, un tour du pâté de maison, une bonne odeur de pain,…Ils rentraient d’une bataille d’eau sur notre terrasse de 10m² sales, trempés et tellement heureux de cette « guerre extraordinaire » qu’ils avaient menée. Lors de notre promenade quotidienne, ils s’arrêtaient sur le parking miteux et glauquissime du supermarché derrière chez nous « ça sent bon le pain ». Tiens, c’est vrai, on peut aussi choisir de sentir le positif au lieu de se concentrer sur ce morceau de bitume affreux et la petitesse de notre espace extérieur. Mes enfants m’ont réappris à profiter de ce qui m’est donné d’heureux ou de gai plutôt que de me concentrer sur ce qui me manque ou me déplaît. Il suffit de peu pour qu’ils ressentent une joie intense et s’abandonnent totalement à la félicité qu’ils vivent. Qu’elle est contagieuse cette joie ! J’ai repris goût aux petits bonheurs. J’ai redécouvert à quel point le plaisir est communicatif et combien la joie est une force motrice. Elle me redonne de l’énergie, elle me met en mouvement. Tout au long de ce confinement, notre joie a été mon moteur au quotidien et m’a déculpabilisée de donner parfois la priorité à des activités qui nous/me rendaient heureuse plutôt que sur la gestion de la maison. 

Vivre l’instant présent

Winnie l’ourson aussi avait tout compris :

« – Quel jour sommes-nous ?

– Aujourd’hui

– Mon jour préféré ! »

Nous autres adultes souffrons de l’incertitude, de l’impossibilité de faire des projets, de ces barrières qui nous empêchent de visualiser l’avenir. Notre tendance naturelle à nous projeter et à souvent avoir l’esprit tourné vers demain est entravée par la pandémie et  cela nous pèse. Les enfants, au contraire, se projettent relativement peu. A certains âges, le jour d’après est déjà un concept aux contours bien flous. Ils ont cette capacité précieuse de s’abandonner totalement au présent, de le vivre pleinement. Ils sont exclusivement présents à ce qu’ils font, sentent et ressentent au moment où ils le vivent. Une seconde belle leçon à retenir. Penser continuellement à l’avenir bloque notre réceptivité à aujourd’hui. Pendant la pause du confinement, j’ai réappris à être à ce que je fais ou ressens là maintenant, à me satisfaire de ce qui est déjà là et à être à l’écoute de mes émotions. J’ai pu vraiment me concentrer sur le positif et l’engranger pour y puiser les ressources nécessaires pour repérer et évacuer les émotions négatives. Poser un regard plus attentif sur le présent m’a détournée de la crainte de demain et de la frustration des projets avortés.

Nove sed non nova – La manière est nouvelle, mais non la matière

Une manière un peu pompeuse de nommer la capacité des enfants à réinventer leur quotidien. Mes enfants ont construit des cabanes n’importe où (c’est vrai qu’un placard ça sert aussi à ranger des enfants), se sont déguisés avec ce qui leur est tombé sous la main (c’est vrai qu’un casque de vélo ça peut être un casque de conducteur de train ou bien protéger un ouvrier sur un chantier de construction), ont trouvé mille idées de menus (bonjour les pâtes au nutella avec sauce chantilly), ont réalisé des constructions improbables et des parcours de combattant sans fin (les coussins de mon canapé attendent toujours d’être admis en soins intensifs),…Une seule et même force : imaginer mille et une façons de vivre chaque journée. Alors nous aussi, qui posons tellement d’actes répétitifs : repas, soins, bains, lectures, ménage, consignes,…ne pouvons-nous pas le faire différemment ? Un même acte prendra une meilleure saveur si vous y mettez quelque chose de nouveau, que ce soit visible ou non. Vous vous découvrirez sûrement des talents cachés, une créativité que vous ne soupçonniez pas. Quelques idées pêle-mêle : nous avons passé certaines journées déguisés en pirates, en indiens, en indiens d’Inde, en super-héros, en grecs. Nous avons fait des pique-niques dans toutes les pièces de l’appartement. Nous avons échangé les lits pour la sieste, avons pris des repas dans la vaisselle des plus petits, avons mangé avec des baguettes chinoises. Nous avons pris des bains colorés ou en maillot de bain. Nous avons lu l’histoire du soir sous la couette avec une lampe de poche,…

Voir les choses différemment

Rien de très innovant mais mettre du cœur dans tous les actes répétitifs du quotidien les a rendus plus joyeux. Chercher comment leur apporter un petit bonus, une fantaisie leur redonne de l’importance, brise la monotonie et apporte à tous l’ingrédient essentiel à chiper d’urgence à nos enfants : le plaisir et la joie. Toujours les mêmes choses mais faites différemment.

Avec le recul, ce confinement « avec enfants » m’a demandé une énergie folle mais mon carburant, ce sont eux qui me l’ont donné. Le plus bel enseignement: écouter plus souvent son cœur que sa tête. 

Ils ne vont plus à l’école et pourtant, ils nous apprennent tellement…Merci à mes chers petits professeurs !

Et après le confinement ?

Laissons nos enfants s’ennuyer

Paola Marceau

Working mum de 2, la maternité est pour elle un sujet intarissable d'échanges et de questionnements et une aventure galvanisante au quotidien.

Elle partage avec joie son vécu, ses interrogations et ses petits tips !